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Province. Tome premier.
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2fi« L’ENFANT DK FA BRI QU K.

A EIReuf, à Bouviers, les ouvriers se trouvent dans une position généralementmeilleure; enfin, à Sedan, et même à Lyon , quoi qu’on puisse inférer des émeutes de1834 , une certaine po'rlion de la classe ouvrière vit dans une situation que l'on peutappeler voisine de l’aisance, si on la compare à celle des ouvriers de l’Alsace et duNord ; le dimanche, les ouvriers de Sedan ont même dans leur mise quelque chosede recherché qui annonce chez eux des habitudes d’ordre el d’économie qu’on ne ren-contre dans les autres pays que parmi la classe bourgeoise : il faut dire aussi qu’àSedan il existe des caisses de secours pour les ouvriers, et des écoles primaires pourleurs enfants.

Déclarons toutefois, et ce point nous semble essentiel à remarquer dans l’existencedes enfants de fabrique, que le taux des salaires des parents, les bénéfices qu’ils peu-vent réaliser, n’offrent guère de garanties d’amélioration physique, ni surtout mo-rale, à l’existence desjeunes ouvriers. En effet, telles sont les mœurs de nos artisans,qu’une augmentation de salaire ne fait souvent qu’exercer sur leur existence , et, parconséquent, sur celle de leurs enfants , une influence pernicieuse. Il n’est pas rare devoir un salaire plus élevé augmenter chez l’ouvrier l’incurie, le désordre, la fréquen-tation du cabaret. A la honte, je ne dirai pas de la classe pauvre , mais de la classeriche, qui s’acquitte si mal des devoirs de tutelle et de patronage qu’elle devraits’imposera l’égard de la classe pauvre, l’ouvrier le mieux payé, c’est-à-dire presquetoujours le plus, intelligent ou le plus habile, est aussi le plus dérangé, le plus vi-cieux : ainsi ,1e serrurier mécanicien, que nous avons déjà cité, et qui gagne jusqu’àsix francs par jour, compte généralement dans la semaine trois jours de chômagevolontaire. Que doit-on conclure de là? Que pour que l’ouvrier soit sobre, exact, la'borieux, il faut qu’il soit aux prises avec le besoin ? Non , sans doute : une conclusionpareille répugnerait à la fois aux lois de l’humanité et de la raison ; car l’ouvrier sedérange, non parce qu’il gagne trop, mais parce qu’il ignoreou méconnaît l’emploi qu’ilconvient de faire de ce qu’il gagne, parce qu’il n’a pu éprouver les effets de l’économieel du calcul, qui n’existent ni dans son éducation ni dans ses habitudes. Ce qui h"manque avant tout, et en toutes choses, c’est l’éducation, le discernement; maiscette éducation, où peut-il l’avoir puisée, s’il est vrai qu’avant l’àge de raison tel q l,ela loi l’institue, il ait déjà élé réduit à l’état de simple moteur, d’instrument aveugl eet passif de l’une des grandes forces industrielles ?

Cessons donc d’interroger les statistiques, pour rechercher si, dans tel département,le sort des jeunes ouvriers est meilleur ou pire que dans tel autre, et disons, en thèsegénérale, que leur sort est à peu près le même dans tous les pays où les parents, tu-teurs ou fabricants, les considèrent comme un objet de légitime exploitation.

Nous avons déjà donné une idée des ateliers où la plupart des jeunes ouvriers sontentassés; nous avons parlé du double danger auquel est exposée leur santé, soit q 11vivent dans l’insalubre atmosphère des caves pour le tissage, soit qu’ils vivent dansles étuves de l’apprêt écossais. On comprend quelles doivent être les conséquencesd’un travail égal à celui des hommes imposé à de pauvres étreschétifs,àpeine formes,qui n’échappent à une mort prématurée que pour entrer dans l’âge delà virilité avec uncorps débile et un tempérament délabré. C’est ainsi que plusieurs races d’hommes en