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Province. Tome premier.
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L’EN FAN T DE FABRIQUE.

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France dégénèrent ou se perdent de jour en jour. En voyant les ouvriers des environsde Thann et de Mulhouse , corps affaissés et rabougris pour la plupart, croirait-onque c’est là cette race alsacienne que Louis XIV nous avait léguée si forte et si robuste aIl est prouvé, d’après les relevés statistiques, que sur 10,000jeunes gens capables desupporter les fatigues du service militaire,les dix départements les plus agricoles deFrance ne présentent que 4,029 infirmes ou difformes, et réformés comme tels, tandisque les départements les plus manufacturiers présentent 9,930 infirmes ou difformes,et réformés comme tels.

I)u reste, ce n’est pas en France seulement que l’on signale l'influence exercée surla mortalité ou le dépérissement des races par le travail des manufactures et le séjourdes fabriques, que l’Anglais Siismilck appelle les catacombes de la population. «Lorsque. le gouvernement britannique, dit M. Charles Dupin , voulut tarir dans leur sourceles maux produits par le travail des fabriques, il fil examiner par un comité médicall’état sanitaire des districts manufacturiers de l’Angleterre. Le comité constata cin-quante affections morbides propres aux diverses espèces d’industries, et qu’on netrouve pas chez la population qui ne pratique pas ces industries.»

Si nous avons dévoilé les misères qui peuplent les greniers et les caves de Lille , deMulhouse et de Rouen , nous devons avouer aussi que les habitations destinées auxclasses ouvrières à Liverpool, à Bristol ou à Manchester, ne sont guère plus salubres.Les artisans y sont entassés dans des taudis où les maladies épidémiques se multiplientd’une façon désespérante. Dans la partie ouest de l’Yorskhire, où la population estemployée en grande partie dans les manufactures, la moitié des enfants meurentavant d’avoir atteint l’àge de dix-huit ans. Il faut dire cependant, pour expliquercette effrayante mortalité, que l’Angleterre est le seul pays de l’Europe qui n’a pasde police médicale, et où la santé publique est entièrement abandonnée à elle-même.

Ainsi, en France , en Angleterre, et généralement dans tous les districts et cantonsoù l’industrie manufacturière forme la loi principale du pays, l’enfant de fabrique aune chance sur deux pour ue pas succomber aux infirmités ou aux maladies quirésultent du métier auquel sa prédestination l’enchaine. Il a moins de liberté maté-rielle que le prisonnier, qui, du moins, ne respire pas un air infect ou vicié, netravaille que lorsqu’il lui plaît, et a toujours sa pitance assurée. L’enfant de fabrique,lui, ne connaît aucune des impressions de joie et de bien-être que le travail bienorganisé doit procurer, et sans lesquelles il n’est même qu’une sorte d’exaction. 11D’a jamais eu la jouissance d’un habit neuf, d’un bon repas, d’une caresse tendreou d’une parole bienveillante; il ne connaît pas ces bonnes journées de dimancheou de fête passées entièrement à respirer et à se divertir, si nécessaires au cœur et àla santé des enfants. Pour lui, toutes les journées se ressemblent et lui ramènent lesmêmes baillons, les mêmes tâches ingrates, les mêmes exhalaisons morbides. Quelsliommes peut-on attendre d’enfants élevés de la sorte, éclos sans air, sans soleil,sansinstruction surtout? Nous nous plaignons de la classe ouvrière, nous la trouvonsignorante, abrutie, émeutière : mais, de grâce, examinons donc le terrain où elles ’ensemence, et les rejetons par lesquels elle se reproduit; rendons-nous compte des es débuts dans l’existence ; examinons la part de privilèges et d’encouragements