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Province. Tome premier.
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LE MISSIONNAIRE.

pour ainsi dire, a chaque mot. Cependant cet homme, qui se livrait naguère à d'in-nocentes plaisanteries sur la beauté de sa voix, a été condamné à mort quelquesjours après. Le voici qui s’avance, toujours dans sa cage, vers le lieu du supplice;des soldats nombreux le précèdent, les bourreaux sont autour de lui avec le sabrenu, ou la hache en main. En avant on porte la planche où est écrite sa sentence ;derrière, un tam-tam rend de témps en temps quelques sons lugubres. Pendant letrajet, le martyr chante et lit ses prières alternativement; chacun admire sa tran-quillité, et les idolâtres admirent sa grandeur d’âme sans en comprendre les motifs.Arrivé sur le lieu du supplice, un officier lit a haute voix la sentence suivante :

« Le nommé Tan, dont le vrai nom est Cao-Lang-Ne (Cornay ), du royaume dePhu-Lans-Sa ( France) et de la ville de Loudun , est coupable comme chef de faussesecte, déguisé, dans ce royaume, et comme chef de rébellion. L’édit souverainordonne qu’il soit haché en morceaux, et que sa tête, après avoir été exposée du-rant trois jours, soit jetée dans le fleuve. Que celte sentence exemplaire fasse im-pression partout. »

Cette peine est le dernier des supplices : elle consiste il avoir d’abord les braset les jambes coupés, puis la tête, et enfin le reste du corps fendu en quatre. A unsignal donné, la cage est ouverte avec un sabre par le haut, pour laisser passage auprisonnier. Le martyr s’assied à terre pour qu’on lui ôte ses fers; les bourreaux luiattachent les pieds et les mains à quatre piquets, un cinquième consolide la tête àl’aide de deux autres piquets fixés a côté des tempes. Ces préparalifs terminés, letam-tam retentit, et le martyr, torturé même pendant la mort, s’envole vers le ciel •Tandis que son sang coule sans pouvoir être recueilli, le bourreau prend la tête parune oreille, et la jette il quelques pas, puis il lèche comme une bêle féroce son sabreencore tout fumant. Le dirons-nous, suivant la coulume de ce peuple barbare, l’exé-cuteur arrache le foie de la victime, et en coupe un morceau pour s’en régaler. Celambeau tout sanglant a été vu élalé devant sa maison, avant de devenir pour luila matière d’un horrible festin.

Le soir, quand il n’y eut plus que les oiseaux de nuit auprès des débris du cada-vre, une vierge chrétienne et une vieille servante, cachées dans la ville, vinrentpleurer au pied de ce calvaire. Les habits du martyr, teints do son sang précieux,furent emportés par les deux femmes. Aujourd’hui, ces hardes sanctifiées sont enFrance , dans peu de temps elles deviendront des reliques.

Une chose extraordinaire, c’est que plus lard les païens exhumèrent les chairsdu martyr et les pressèrent pour en exprimer le sang ; on creusa même les endroitsde la terre où il s’était écoulé en abondance. Cet acte de la part des idolâtres estd’autant plus étonnant, qu’ils ont une horreur profonde pour les cadavres des sup-pliciés, et qu’il est inouï qu’on ait jamais recueilli le sang d’un homme mort dans lestourments. Le père Cornay était âgé de vingt-huit ans; c’est le premier mission-naire français martyrisé au Tong-King ; puisse par son intercession l’église anamile,dont il fut membre, voir bientôt arriver la lin des maux sans nombre (pii la désolent !

Au moment où nous écrivons, plusieurs prêtres, nos compatriotes, sont renfermésdans la terrible cage, exposés a la mort, ou cachés dans ces forêts où l’exislcnce 11’est