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plus que lui. Ce guide est ordinairement un dire Lien qui a exposé vingt fois sa vie dansces périlleuses entreprises. La contrebande des missionnaires est punie de mort.N’importe, le guide est courageux, et il veillera sur sa précieuse denrée jusqu’aumoment où il pourra la déposer au sein de l’empire au milieu de quelque chrétientébien obscure, bien éloignée ; le reste ne le regarde plus. Pour bien apprécier les ob-stacles 'a vaincre, nous allons nous introduire en Chine avec le père Rameaux et songuide Paul. Nous sommes en palanquin en plein Ilou-Quang; un de nos porteurs nousa reconnus pour Européens : et nous sommes forcés de continuer notre route dansune barque entre deux mandarins, heureusement porteurs d’une figure fort douce.
En passant devant une douane, la barque fut si sévèrement visitée et examinée,que le père Rameaux se crut perdu. « Quel homme as-tu la? dit-on à Paul ; quellesingulière figure ! sans doute il fume de l’opium? — Je vous assure que non, répondPaul, et vous pouvez vousen convaincre par la visite de nos effets ; ce que vous croyezremarquer d’extraordinaire en lui, il faut l’attribuer a sa surdité absolue. » Lesdouaniers s’avancent pour lui parler, ils crient de toutes leurs forces sans obteniraucune réponse. « Tu es donc bien sourd? lui disent-ils. — Je vous ai déjà ditqu’il n’entend rien, a quoi bon vous épuiser inutilement? » Alors on commence lavisite, et ne trouvant rien qui puisse compromettre les voyageurs, on les laissepasser. Ne dirait-on pas une scène de comédie? Lazarille n’aurait pas mieux fait.
Voici maintenant le missionnaire et Paul dans la compagnie des deux mandarins.Nouveaux dangers pour le prêtre, nouvelles ruses de Paul. Au moment de leverl’ancre, arrive un malade qui demande en grâce une place dans la barque. Le ma-lade est admis et il meurt. La barque est obligée de s’arrêter pendant huit jours,suivant l’usage adopté en pareille circonstance; pendant tout ce temps elle ne dés-emplit pas d’allants et de venants. Pour comble de malheur, le domestique du dé-funt reconnaît le missionnaire, et la nouvelle en vient aux oreilles des deux man-darins. Le plus jeune s’approche de Paul et lui dit en lui touchant le bout du nez :« lié! dis-moi, ton maître !... qu’est-ce que ce maître? » Heureusement le mandarin,bon homme au fond, 11e pousse pas plus loin ses questions. Paul cependant com-mence a réfléchir sérieusement, son sac a ruses est épuisé, le Cantonais excite lesmatelots il se saisir du missionnaire, tout est perdu, lorsque les deux mandarins,par une disposition visible de la Providence, prennent l’étranger sous leur protec-tion. Voilà une péripétie inattendue, et qui figurerait très-bien dans un roman.Cependant tous ces détails sont vrais, et l’on peut se convaincre, par cet épisode,que, sans l’intervention du ciel, il doit être bien difficile, sinon impossible, à unmissionnaire do pénétrer en Chine .
Une fois introduit dans le céleste empire, la position du missionnaire dépend dela chrétienté dans laquelle il se trouve. Quelques-unes de ces agrégations de fidèlesjouissent d’une assez grande tranquillité, d’autres sont sans cesse exposées à des trou-bles, selon que le mandarin du lieu est plus ou moins tolérant. Dans les paroissesles plus favorisées, voici comment les choses se passent. Le missionnaire loge dansune cabane, l’église est aussi une cabane ; on célèbre l’office divin avec le moinsd’appareil possible. Deux heures avant le jour, on donne le signal du réveil, l** s