LE MISSIONNAIRE.
510
d eux est chargé d'une paroisse de soixante, quatre-vingts ou cent lieues d’étendue. Sile travail est rude, la moisson est abondante. Les sauvages témoignent encore au-jourd’hui la meme inclination pour les missionnaires. On pourra s’en convaincrepar la requête suivante :
« Nous soussignés, capitaines, chefs de famille, et autres de la tribu desOttawas, demeurant à YArbre-Courbé, sur la rive orientale du lac Michigan , pre-nons cette voie pour communiquer a notre père, le président des Etats-Unis , nos de-mandes et nos besoins. Nous remercions notre père, et le congrès, de tous les effortsqu’il a faits pour nous amener a la civilisation élit la connaissance de Jésus, ré-dempteur des hommes rouges et blancs. Nous confiant dans votre bonté paternelle,nous réclamons la liberté de conscience, et nous vous prions de nous accorder unmaître ou ministre de l’Évangile, qui appartiennent a la môme société dont étaientles membres de la compagnie catholique de Saint-Ignace. Si vous accueillez celtehumble demande de vos enfants fidèles, ils en seront éternellement reconnaissantsel prieront le grand Esprit pour les blancs.
a En foi de quoi nous avons apposé nossignalures.
« Epekvier, Poisson, Chenille, Grue, Aioi.e.
Poisson-Volant, Ours . Cerf. »
Cette demande est caractéristique ; malheureusement pour les sauvages, la poli-tique des Etats-Unis n'est point de les civiliser, mais bien de les absorber entière-ment. Chaque jour on recule la limite de leur frontière, et on les transplante plusloin. C’est l'a une des grandes douleurs du missionnaire de ces contrées ; souvent unpasteur habitué depuis plusieurs années à diriger le môme troupeau, se le voitbrusquement enlever par un ordre du congrès; la tribu est exilée, et on défend àson père spirituel de la suivre. Les sauvages obéissent avec douleur, ils murmu-rent, et on profile de la moindre occasion pour les traiter en prisonniers de guerre.C’est une manière détournée de se procurer des esclaves. On a vu des missionnairesmourir de chagrin après une séparation de ce genre. Le bien que le christianisme aopéré parmi les sauvages est immense: c’est à lui qu’ils doivent d’entrer en commu-nication avec les nations civilisées dont la domination s’étend tous les jours surleurs terres. La religion seule pourra établir la paix avec le sauvage et l’Européen,car jusqu’ici la politique n’a pu trouver d’autre moyen que l'extermination.
lîien n’est touchant comme la manière dont s’opèrent les conversions des Indiens:un molif poétique les détermine toujours, c’est ce qui fait la force du christianismechez ces | ations à l’imagination vive. Chez les Poltowatomies, un enfant venaitde mourir. Les parents avaient pratiqué une petite ouverture a sa fosse pour donnerpassage a l’âme; la mère désolée garda la tombe pendant deux jours, pour décou-vrir si l’objet de sa tendresse avait rencontré quelque âme généreuse dans l’auiremonde, ou bien s’il y était malheureux : voici a quels signes elle prétendait le recon-naître. Si elle voyait un joli oiseau, ou quelque bel insecte, l’augure o ’■