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Province. Tome premier.
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LE MISSIONNAIRE.

missionnaire disparaît connue par enchantement. A moins cl’uue trahison, il eslrare qu’on le surprenne; malheureusement c’est la un crime assez frequent parmiles chrétiens, et qu’il faut attribuer surtout a l’extrême misère de la plupart d’entreeux. Les missionnaires peuvent rarement se rencontrer, mais il leur est possiblede s’écrire; ils se racontent mutuellement leurs misères comme leurs plaisirs, leursrevers comme leurs succès. Souvent deux missionnaires sont a peine éloignésd’une journée l’un de l’autre, et ils restent quelquefois des années sans se voir,tant la surveillance des mandarins est impitoyable. Ce doit être le plus affreux detous les supplices.

LeTong-King, la Cochinchine, la Chine, la Corée sont des contrées où le mission-naire a les mêmes devoirs à remplir, les mêmes difficultés a surmonter, soit pours’y introduire, soit pour prêcher l’Évangile. On poursuit en eux autant le prêlre quel’Européen: la persécution est aussi politique que religieuse. C’est cependant ausein de ces lointains royaumes que le christianisme pourrait produire les plus grandsbienfaits. En Chine , il se trouve encore a face du polythéisme, il a à lutter contrel’esclavage, l’infanticide , la prostitution légale, l’asservissement de la femme,tous les excès de la civilisation romaine. Que l’ange des premiers temps de l’Eglise protège les missionnaires chinois, et les couvre de son bouclier comme les anciensconfesseurs!

Dans la province du Su-Tschuen on a baptisé, depuis trente ans, plus de vingt-deux mille adultes, et deux cent mille enfants de païens en danger de mort. Un desprincipaux obstacles que rencontre le christianisme en Chine , vient de l’extrême or-gueil littéraire des Chinois, qui ne peuvent se faire à l’idée de voir un Européens’aviser de vouloir instruire un disciple de Confucius ; d’un autre côté, l’humilitéest une vertu qu’ils ne peuvent comprendre. Malgré cela, les missionnaires augmen-tent en nombre, et multiplient leurs efforts. Cependant, en embrassant cette pro-fession, ils font les plus pénibles sacrifices : quelques indigènes consentent à lespartager; des femmes ne reculent pas devant ces formidables travaux : ce sont ellesqui s’introduisent dans les appartements intérieurs où l’on enferme les enfants ma-lades; elles s’annoncent comme sages-femmes, se munissent de remèdes, et trou-vent ainsi le moyen de baptiser les enfants moribonds. Elles sont exposées aux mêmesdangers que les missionnaires, et les supportent avec le même courage : ce sont lessaintes du martyrologe moderne.

Retournons maintenant aux autres missions; quittons le polythéisme chinoismoins brillant, mais aussi abject que celui des Grecs et des Romains; laissons làles temples d’idoles, les prétoires où des juges iniques envoient à la mort les adora-teurs du vrai Dieu, et jetons un coup d’œil sur l’Amérique . Le gouvernement neproscrit point le christianisme, les missionnaires n’ont ni persécution à craindre,ni protection à espérer ; leur ministère n’en est pas moins pénible. Il est facile deconcevoir les fatigues et les périls auxquels sont exposés les hommes apostoliquesqui parcourent sans cesse les montagnes du Kentucky et du Tennessee , ou les forêtsde l’Ohio, du Missouri, de l’indiana et de l’Illinois . La charité et le zèle évangéliquepeuvent seuls engager les missionnaires à s’exiler dans ces pays lointains. Chacun