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et môme des livres originaux sur des sujets de piété ou de prière. Le christianismea doté ces peuples d’une littérature. Mais ce n’est pas tout encore : il fallait s'éta-blir dans le pays, bâtir des églises, des écoles, des maisons pour les missionnaires.Comme dans les premiers temps du catholicisme, le prêtre devint architecte : aidésde quelques-uns de ces ouvriers pieux que les Picpusiens ont la louable coutumed’adjoindre à leurs missions, les apôtres de l’Océanie élevèrent peu à peu toutes lesconstructions qui leur étaient nécessaires. L’usage des arts de l’Europe pénétrait enmême temps parmi les sauvages, ils se convertissaient et se civilisaient à la fois.En ce moment le voyageur étonné qui débarque dans ces îles lointaines voit par-tout des ateliers, des églises, des maisons, comme dans les villes de sa patrie; ilentend chanter les prières qu’il chantait dans son enfance, il voit partout s’éleverla croix qui doit s’incliner sur sa tombe. C’est aux missionnaires catholiques qu’ildoit ces émotions douces et imprévues; eux seuls peuvent mettre en pratique cesparoles du Christ : Sinitu pair nias venire ad me. Aussi les enfants les entourent,les hommes les saluent, les mères leur sourient, et tous les aiment, parce quêtonsleur doivent quelque chose, et parce qu’ils se sentent aimés. Pendant que lesprêtres catholiques se consacrent ainsi corps et âme à leur troupeau, que font lesministres protestants? ils distribuent des Bibles. Il est vrai que les indigènes entapissent les murs de leurs cabanes ou en font des semelles de souliers.
Le costume des Picpusiens est blanc, le noir, parmi ces peuples, étant considérécomme une couleur funeste. Sur cette soutane blanche flotte une pèlerine. Deuxcœurs rouges sont tracés sur la poitrine, où se balance un scapulaire. Un cordonblanc il trois glands qui pendent leur sert de ceinture. Bien des fois le cœur de nosmarins s’est ouvert eu voyant ce costume, qui représente la France , briller tout àcoup sur une plage éloignée.
Le missionnaire de l’Australie a lui aussi une rude tâche â remplir. Dans laNouvelle-Galles du sud, dans l île de Norfolk , sur la terre de Van-Diemen, son mi-nistère doit s’exercer vis-'a-vis des barbares, et vis-à-vis du déporté quelquefoispire que le barbare. Il faut qu’il aille le chercher dans sa caserne, qu’il l’accom-pagne dans l’intérieur du pays jusqu’au lieu de sa destination, qu’il le suive dansle champ qu’il arrose de ses sueurs infécondes, dans les vastes forêts où il guideses troupeaux. Il célèbre les saints mystères dans la cabane d’écorce, sous l’arbre agomme de la vallée, sur les hauts sommets couverts de neige. Le criminel vientdécharger le poids de sa conscience, en conliant à l’oreille du prêtre le récit deses folies et de ses malheurs. Il voit venir dans son accoutrement honteux, etchargé de ses chaînes bruyantes, le prisonnier au visage sombre, sorti du fond desbois; heureux encore lorsque son cœur ne se déchire pas en consolant les der-nières heures du condamné qui attend la mort dans un fétide cabanon !
Insisterons-nous maintenant sur l’importance politique, morale, et même litté-raire du missionnaire? Un pareil travail serait superflu. Tout le monde comprendcombien le séjour des prêtres dans des pays lointains peut devenir profitable auxintérêts de la France Louis XIV avait compris cette vérité, lui qui avait revêtu plu-sieurs missionnaires du titre de consuls. La restauration a suivi cet exemple, dont