LE MISSIONNAIRE.
321
les bons résultats sont frappants. Si notre influence daus le Levant a été si long-temps toute-puissante, c’est en grande partie aux missionnaires qu’on le doit. Celaest si vrai, que la chambre de commerce de Marseille, qui a eu le monopole ducommerce avec la Turquie, l’Egypte et la Syrie , votait annuellement une sommeconsidérable pour venir au secours des missions. Ce que ces établissementsavaient fait dans le Levant , ils pourraient aujourd’hui l’accomplir partout où ils setrouvent, si le pouvoir s’associait à leurs efforts. Il serait digne de la France demettre le commerce et la civilisation sous la protection d’une religion qui doit êtrele signal de l’affranchissement pour tous les peuples. Les services que les mission-naires pourraient rendre a la politique ne sont pas moins grands que ceux dontles lettres leur seraient redevables. Les missionnaires font connaître à l’Europe deslangues nouvelles, ils nous donnent des notions exactes sur tous les pays qu’ilsparcourent ou qu’ils habitent. Malheureusement ces travaux restent enfouis dans lesarchives des séminaires de leur congrégation, ou reçoivent dans les Annales de lapropagation de la foi une publicité que les savants et les gens du monde ignorentcomplètement. Le gouvernement devrait se mettre en rapport direct avec les mis-sionnaires; il pourrait recevoir et mettre en lumière une foule de documents dontmanque la science moderne. La plupart des notions que nous avons sur l’état descontrées récemment découvertes nous viennent de l’étranger. Nous semblonsprendre a tâche d’oublier que nous avons l'a des compatriotes qui savent que Dieu commande d’aimer la patrie, et qui sont prêts a lui être utiles dans la mesure deleurs forces et de leur position. Vivrions-nous encore a cette époque de préjugéinique où l’habit de prêtre semblait ôter la qualité de Français ?
En finissant, nous nous demandons quel sera celui qui pourra lire sans être ému lerécit de ce merveilleux héroïsme du missionnaire. Dans les sables de l’Arabie, dansles villes saccagées delà Perse, sous les nopals de l’Inde , dans les jonques chinoises,partout enfin, dans la solitude comme au milieu des cités, devant le bourreau commeau chevet des malades, son amour de la vérité ne se dément pas un seul instant.Quand le fer de l’exécuteur ne tranche pas sa vie, il meurt de maladies contractées'a la suite de son existence nomade. Pour le missionnaire, il n’y a pas de vieillesse,heureux quand il succombe en pays chrétien, et qu’à défaut de l’absolution duprêtre il peut recevoir celle de la charité. Le catholicisme, que l’on dit mort, donnecependant encore, de ce côté-là du moins, de véritables signes de vie. Il ne faut pasdésespérer d’une religion qui fait encore des martyrs. Le catholicisme vient des’ouvrir un monde nouveau, et partout la barbarie s’évanouit et disparaît devantlui. Félicitons-nous de voir notre pays jouer un si beau rôle dans le mouvementcivilisateur que l’Evangile imprime à toutes les parties du globe. Que chacun ap-porte son denier à l’œuvre des missions, qui est celle de la liberté humaine, Acôté de notre renommée militaire, nous sommes fiers de pouvoir placer notre il-lustration religieuse. La France mérite qu’on lui pardonne un peu de gloire enfaveur de tant de charité !
i I
!>. I.