L’AUBERGISTE.
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battent le pays pour faire provision de foin, de blé, de bestiaux, de vin, de cidre,de cocons, la fréquentent volontiers. On y voit arriver aussi les Anglais dont la ber-line se brise sur la route comme au troisième acte d’une foule de mélodrames. Pours’y trouvera l’aise, il suffit de se contenter de peu, et de payer ce peu assez cher.
Sitôt que les deux auberges existent simultanément dans un bourg, la concurrences’établit, et la rivalité, d’abord, et la haine, ensuite, ne tardent pas à venir. On a ditquelquefois que ce qu’il y avait de plus terrible et de plus tenace au monde, c’étaitune rancune de moine et une haine de femme ; on s’est trompé : c’est une rancuneet une haine d’aubergiste qu’il aurait fallu dire. Les deux auberges se dressent etvivent comme deux ennemies irréconciliables. C’est Rome Croix de AJ aile et Car-thage Lion d’or, l’Athènes et la Sparte des cuisines, Achille et Hector en bonnetsde coton, le tablier blanc à la ceinture. Les calomnies et les médisances volent del’une à l’autre, l’insulte et l’injure ne chôment pas. Heureux quand les coups depoing ne succèdent pas aux coups de langue !
Quant à nous, toutes nos sympathies sontacquisesà l’auberge du petitpeuple, àl’auberge démocratique des faubourgs. C’est la seulement qu’on retrouve la profondeet haute cheminée où brûle un chêne, où loule la population du logis, pêle-mêle, bêteset gens, se chauffe de compagnie. Le rouiier avance ses larges mains à l’encontre dufeu ; le chasseur laisse fumer ses guêtres humides sur les chenets de fer; le colporteurraconte quelque plaisante histoire d’amourette, et le petit commis voyageur en mer-cerie, rétribué a raison de 5 francs par jour, ne dédaigne pas de se livrera quelqueréjouissante charge empruntée au répertoire d'un de ses illustres confrères de Paris .Un lournebroche gigantesque, tout chargé de volailles et de pièces de viande, fonc-tionne devant le feu; les chiens clignent les yeux et dressent leurs pattes à côté degros chats qui se pelotonnent et ronflent aux angles du foyer. Tout ce monde qui serencontre la par hasard, et qui se séparera le lendemain, cause, rit, fume dans labonne camaraderie du coin du feu. De gros jambons, d’épaisses tranches de lardpendent au plafond, jalonné de touffes de bruyère ; les murs, simplement recrépisà la chaux, sont ornés ça et la de gravures coloriées : Napoléon sur son cheval blancavec Roustan le mameluck, la cavalerie d’Abd-el-Kader , et le dernier crime célèbre dela contrée. Au chambranle de la cheminée est attachée, dans le Midi, une image de labonne Vierge ; un portrait équestre de l’empereur la remplace au Nord. Le fusil <> el’aubergiste, accroché au râtelier voisin, brille entre des carnassières, des fouets etdes casseroles. La servante d’auberge, grande et forte fille aux bras rouges, aux jouesrebondies, va et vient par la maison, agaçant celui-ci, souriant a celui-là, boudantcet autre, et pourchassée par le conducteur dos messageries locales, lequel, en saqualité d’habitué, jouit de toutes sortes de privilèges. Les palefreniers chantent dansl’écurie, les garçons courent et ravaudent, et dérangent tout sous prétexte de mettrele logis en ordre. Le dîner, les chambres, le service, se font au hasard ; personne nes’en occupe et tout le monde s’en mêle; cependant, quand vient la nuit, il se trouveque tout est fait sans que le garçon ait perdu un pourboire et la servante un baiset -Au milieu de tout ce bruit, l’aubergiste se multiplie ; il louche dans la main du voi-sin qui passe, apporte la provende au cheval du postillon, allume sa pipe au cigale