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LE COMEDIEN DE PROVINCE.
k veux peindre le comédien pur sang, celui quidescend en droite ligne du La Rancune de Scarron,celui qui est né, dans les coulisses, d’un premierrôle etd’une soubrette; celui qui peut se dire avecorgueil enfant de la balle, et qui a passé ses pre-mières années à parcourir la France entière à lasuite des auteurs de ses jours, gaminant sur lesplaces publiques avec les gamins de toutes nossous-préfeclures, et jouant les anges, les amourset les petits démons, à la satisfaction du public de
province.
Longtemps notre Roscius en herbe n’est connu, de Dunkerque à Bayonne , quesous le nom de Fanfan; il n’en demande pas d’autre, et ne se soucie pas plus deson nom de famille que son père ne s’en est soucié pour lui. Mais il a ses dix-huitans : c’est l’âge où dans la vie ordinaire on s’arrête au choix d’un état. L’état deFanfan est tout trouvé : il sera ce qu’a été son père, ce qu’a été son grand-père, cequ’a été l’immortel La Rancune. Il sera comédien! Proposez-lui donc de renoncer hcette existence nomade, accidentée, imprévoyante, a laquelle il est habitué depuisson enfance : il vous rira au nez. Il lui faut l’air des grandes routes, l’impériale desdiligences, les stations dans les grasses auberges, l’arrivée bruyante dans les chefs-lieux d’arrondissement; il a besoin des émotions de la scène et des méchantes cau-series du foyer; il a besoin des ténèbres du malin et de la lumière du soir, il a besoin