Band 
Province. Tome premier.
Seite
340
JPEG-Download
 

5-10

LE Ml N EU 11.

rieux besoins, routes sont exposées, a différents degrés, à des dangers plus oumoins grands, plus ou moins continuels: ainsi le soldat a le canon, le marinles tempêtes, dangers, certes! dont on peut difficilement nier l’imminence etla gravité; mais dangers intermittents, dangers semés à intervalles de vives jouis-sances ou de gais repos; tandis que l’existence que je veux vous faire connaître, etqui réunit a elle seule les périls de toutes les autres, a, de plus que ces autres, queses périls sont incessants, et qu’il n’y a pas de minute où la crainte, si l'habitudene diminuait la crainte, ne lui fasse voir, près de crouler sur elle et de l’envelop-per, les accidents et les catastrophes de tous les genres... Cette existence est celledu mineur.

Quelque partie de la France que vous vouliez explorer, quelque départementque vous ayez h parcourir, il sera bien rare que le sol que vous foulerez ne servede voûte, en quelques-uns de ses coins, a un ou plusieurs de ces labyrinthes inté-rieurs connus sous le nom de mines. Vous en trouverez un plus grand nombre sivous visitez principalement la Loire, cette portion de la France la plus riche detoutes en minéraux combuslibles, ce département qui fournit seul plus du tiers duproduit total des houillères du royaume. Le Nord se trouvera en seconde ligne, sapart de houille fournie dépassant le cinquième du même produit total dont on vientde parler. Ensuite viendront, et toujours dans des proportions graduées, Saône-et-Loire, la Creuse, le Gard, la Vendée, l’Aveyron, le Var, Vaucluse , les Bouches-du-Ithône, etc., etc. Plusieurs de ces départements en sont lacérés ; leur partie souter-raine ressemblerait volontiers a ces fruits qu’un ver, tout en respectant la peau, adans tous les sens parcourus, sillonnés, rongés, minés. Vous vous ferez facilementune idée de l’importance de ces travaux, si vous songez qu’il y a aujourd’hui enFrance , employant une étendue de quatre cent mille hectares, plus de deux centtrente mines ( de houille seulement) en activité d’exploitation ; que vingt mille ou-vriers et plus y travaillent, en même temps qu’y fonctionnent deux cent soixante-quinze machines a vapeur de la force de six mille et quelques chevaux; et que decette étonnante activité il résulte annuellement une extraction de deux millionscinq cent mille tonnes de charbon. Si vous vouliez y ajouter les mines de lignite,d’anthracite et de tourbe, vous atteindriez le chiffre de deux mille quatre-vingt-dixmines exploitées, et produisant, au moyen de vingt-neuf millions neuf cent soixante-dix mille huit cent cinquante et un quintaux métriques de malière extraite, unesomme de 29,155,257 francs. C’est un assez beau chiffre!

Transportez-vous sur un terrain moulagneux de ces contrées, terrain à la croûtepelée et sans végétation ; suivez a travers un village bâti de briques rouges, auxmaisons distantes les unes des autres, aux murs crevassés, a l’aspect misérable, auxrues boueuses et noires; suivez les traces charbonneuses que la houille y a dépo-sées en larges taches, vous arriverez auprès de machines à vapeur, de treuils àbras, de roues a dents, de volants gigantesques; vous verrez le mouvement impriméii tout, les câbles roulant et se croisant sur lès poulies, disparaissant dans des ou-vertures du terrain et en ressortant peu après, tenant dans des bennes le charbonque des hommes reçoivent, chargent, voiturenl, entassent. C’est là l’ensemble cxté-