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Province. Tome premier.
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i.i: min Kim.

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laissé parmi nous le souvenir d’émeutes assez graves. On n’a pas oublié celle quieut lieu a Anzin (Nord ) en 4 855. Pour une cause quelconque, l’administration vou-lait réduire le prix des ouvriers ; on leur fait part de cette intention, ils murmu-rent. Le jour de la paye arrivé, on veut leur retenir 4 sous sur le prix de chaquejournée... ils se révoltent; et cette fois non plus par groupes isolés et d’une ma-nière indécise, mais en masse et avec une énergique opiniâtreté. On fut obligéd’avoir recours à la troupe pour les contenir, et ce n’est qu’après de longs pour-parlers et des concessions de la part des chefs, qu’on vit les mécontents se calmeret reprendre leurs travaux. Cette révolte a conservé le nom d’émeute des quatresous.

Si aujourd’hui j’osais encore ressusciter la mythologie, je me hâterais de faire unedéesse de l’ivrognerie, tant son culte est en vénération chez le mineur; mais, malgrécette adoration de la bouteille, il se nourrit très-sobrement : dans le midi, où il vitsans nul doute mieux que dans toute autre partie de la France , il fera aisément sondéjeuner d’un oignon saupoudré de sel, et d’un morceau de pain blanc. L’ivrogneriea une nuance distincte de la gourmandise.

Un trait caractéristique du mineur, c’est le haut degré de superstition qu’il laisseatteindre a son esprit. On comprend que le manque d’instruction le prépare déjàun peu à cette faiblesse ; mais ce qui y contribue beaucoup, c’est, on ne peut guèrele nier, l’abîme immense, le monde sous terre dans lequel ses yeux combattentl’obscurité, où des bruits sourds se font continuellement entendre, et surtout oùtant d’accidents et de malheurs arrivent. Les anciens ont une foule de traditionsqu’ils racontent aux plus jeunes, répertoire mensonger mais pittoresque, à l’aideduquel ils leur font croire à certaines apparitions, celle du Lapin blanc, du PetitMineur, par exemple, et au retour sous forme insaisissable de ceux des leurs quiantérieurement ont été enveloppés dans quelque catastrophe.

La légende du Lapin blanc est un enfantillage qui mériterait peu d’être rapporté,s’il ne donnait l’idée de la crédulité de ces braves gens. Un jour, un mineur effrayés’imagine voir un corps blanc courir et se blottir dans un conduit de fonte. « Tiens,un lapin qui vient d’entrer la dedans ! » et il court près du tube, en bouche uneextrémité, et appelle un de ses camarades pour regarder par l’autre bout. Le cama-rade se penche immédiatement, approche sa lampe de l’ouverture, et cherche,cherche en vain quelque chose à voir... Les deux amis s’examinent stupéfaits; unlapin blanc entré dans le tube, les deux bouts du tube fermés sur-le-champ, etdans le tube rien ! Qu’est-ce que cela veut dire? Il n’y a qu’une croyance pour jus-tifier l’apparition ; un éblouissement passager d’un mineur dote la mine d’une tra-dition de plus : le lapin blanc est un esprit. — Le Petit Mineur a une physionomiequelque peu plus piquante; c’est un gnome aux airs lutins, qui fait des nichesaux ouvriers, les taquine et les tourmente ; c’est le shellicoat de la mine. Qu’unoutil se casse ou se perde, qu’une lampe s’éteigne, qu’un vêtement se déchire,qu’une pierre se détache et vienne leur prouver combien le chapeau de cuir leurest utile, tout cela sera fait par l’espiègle esprit, tout proviendra de l’influencenarquoise du Petit Mineur. S’ils travaillent le dimanche, ils craignent pour la se-p. i. 44