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Province. Tome premier.
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maine l’inlervcnlion maligne; et, écoulez, voici comme elle est à craindre : Lmjour de repos, l’ingénieur se trouvait seul dans la mine avec un ouvrier; leurattention était captivée par des instructions réciproques qu’ils se donnaient. Touta coup un bruit successif et régulier se fait entendre : Toc, toc, toc; l’ouvrier s’ar-rêle au milieu de sa phrase et interroge l’ingénieur d’un regard inquiet. « Qu’est-ceque c’est que ça ?» s’écrie-t-il. Le matin il a travaillé un instant, c’est un di-manche, il va en être puni. Il jette un coup d’œil sur sa lanterne et se dirige ducôté du puits. « Allons voir ce que c’est, lui dit le chef. — Non, non, c’est le PetitMineur. » Et l’ouvrier gagne la benne, tire la cloche d’appel et remonte. Le chefvoulut se rendre compte de l’objet de cette frayeur. 11 entendait toujours lepetit coup mesuré, toc, toc, toc. Il s’oriente un moment, écoule, cherche ét arriveau détour d’une galerie : une pelle était plantée horizontalement dans la houille, etrecevait d’en haut de l’eau qui filtrait goutte a goutte, et produisait le toc, tocépouvantable que venait de fuir le courageux travailleur. Remontez aux sources, ettoutes les paniques du monde se réduiront a l’histoire du Pelit Mineur. Eh bien !cependant de cette histoire il résulte qu’un ouvrier ne se hasardera jamais hester et a travailler seul dans la mine.

11 est principalement pour les mineurs un jour où, les payât-on trois fois, quatrefois comme les jours ordinaires, ils ne travailleraient pas : c’est le 4 décembre, lejour de la Sainte-Barbe... leur fête. Comprenez-vous? la fêle des mineurs! de cesgens qui se sèvrent du soleil et du jour, qui n’ont toute l’année que l’alternative dusommeil et du travail, qui jouent leur vie contre le prix d’une journée. Leur fête !leur fêle ! comprenez-vous? Ils sont là, sur le sol, voyant le ciel, se sentant libres,ayant devant eux un, deux, trois jours, car le jour se prolonge, pendant lesquelsils pourront boire et chanter, sans allumer la lampe, sans lever le marteau, sansrouler le char; trois jours pendant lesquels ils seront heureux à revendre du bon-heur aux plus heureux de la terre ! Non, certes, ils ne travailleraient pas ce jour-là,ils seraient persuadés qu’un malheur prochain va leur arriver. Ils veulent bien tousles jours être exposés à mourir par leur travail dans la mine, mais ils ne veulentpas qu’un léger accident les menace pour une déviation faite dans l’emploi du jourconsacré ! Aussi est-ce une réjouissance générale. Il faut voir comme on s’y dispose !Dès la veille, des salves de coups de mine à forte charge annoncent avec fracas lafête du lendemain. Deux énormes gâteaux ronds et plats, deux véritables gâteaux-ci blés, sont commandés : l’un pour le curé, qui les bénit à une messe où tous vien-nent assister avec recueillement ; l’autre pour l’ingénieur, dont le pourboire assurévient les remercier de cette galanterie, et diminuer d'autant la cotisation qu’ilss’imposent pour subvenir aux frais projetés de vin, de mangeaille et de poudre. Siles mineurs ne brûlaient beaucoup de poudre le jour de la Sainte-Barbe, la Sainte-Barbe serait mal fêtée. Les gâteaux s’avancent à l’église après avoir parcouru le vil-lage, ingénieur en tête de sa compagnie, et portés sur une espèce de civière ennoyer verni, où flottent des nuages de rubans et de fleurs artificielles. L’édifice am-bulant est surmonté d’un beau plumet tricolore, et précédé de l’inévitable crin-crin,que dans certains pays accompagne un trio de fifres, rehaussé des marches répu-