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Province. Tome premier.
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L K M1NEUH.

dante et qui fait pitié a voir que des hommes entièrement nus, rampant à quatrepattes sur des escaliers boueux, et pliant l’échine sous d’énormes paniers ou sacsde charbon, comme de vraies bêtes de somme; oui, cela fait pitié, que de voir dejeunes maudits, ou enfants, monter sur leur tête d’énormes couffes de ce com-bustible, et il serait méritoire, il serait humain, il serait moral, d’aviser aumoyen, très-possible du reste, d’améliorer le sort de ces malheureux, en substituantquelques machines aux hommes, qui alors cesseraient une tâche de brute, une tâcheavilissante pour eux, et peut-être blâmable pour ceux de qui ils dépendent. 11 estde nombreuses classes de coupables dont on s’empresse d’adoucir la réclusion ; etde pauvres ouvriers auxquels on n’a rien a reprocher, qui n’ont jamais fait quetravailler, restent enfouis dans des cloaques souterrains, sans qu’on daigne s’occuperde chercher le moindre allégement à la rude et homicide besogne qu’ils s’impo-sent!... Puissent quelques esprits graves s’en occuper! Les mineurs valent bien lesprisonniers.

Eux, ces prisonniers de la terre , qui, au lieu de murs et de barreaux , ont deshuit cents pieds de houille pour les séparer du monde! Abeilles souterraines, peu-plant des centaines de rucbes immenses et laborieuses, d’où s’échappe la source dubien-être et de la richesse pour une nation tout entière ! — Ils plongent volontaire-ment dans leurs abîmes pour aller vous y chercher le noyau de votre opulence...Manufacturiers, spéculateurs, commerçants, propriétaires d’usines, hommes etfemmes du monde, rendez grâce au mineur! Vos foyers, vos fourneaux, vos ma-chines à vapeur, vos chemins de fer, tout ne se meut et ne fonctionne que par letravail de cet homme , par le fruit de ses noires et silencieuses journées ! Ces châlessplendides, ces délicieux rubans, ces étoffes chatoyantes , ces tulles légers, ces gazeséblouissantes de blancheur, toutes ces frivolités superbes qu’on fait exprès pour vous,savez-vous bien, mesdames, a qui vous les devez? aux métiers qu’alimente et faitmouvoir le charbon du mineur. Et, si vous voulez envisager en détail ce que je viensde résumer en quelques mots; si au lieu d’une machine, d’un chemin de fer, d’unfourneau, vous voulez passer en revue tous les fourneaux, tous les chemins de fer,toutes les machines du royaume ; si vous voulez énumérer, voir, palper tout ce qu’en-fantent journellement ces myriades de fabriques :ce nesera plus un groupe isolé quevous aurez devant les yeux, ce sera l’industrie, le commerce de toute la France ;...et, je vous le demande, de quel titre honorer un métier, qui, pénible par-dessustous, a pour résultat l'alimentation el la prospérité de notre commerce et de notreindustrie? — Notre patrie a certainement des gloires moins méritées que celles-là !

P. Fertiauxt.