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LE G AKDE-CÜTE.
vint 'a se rendre maître de son adversaire; les deux genoux sur sa poitrine, les deuxmains a sa gorge, il le tint ainsi jusqu’au jour, jusqu’à l’instant où le poste enarmes vint les délivrer tous les deux.
L’intrépide garde-côte ne s’était pas trompé. Dans le sac du faux matelot, sursa poitrine, partout où peut se cacher la contrebande, on trouva pour plus de20,000 francs de cachemires de l’Inde . Quant au contrebandier, c’était un paysandes environs qui professait sans doute le plus profond mépris pour son vainqueur,et qui partageait certainement l’opinion des filles de Guérande, ces beautés dédai-gneuses et fières, a l’endroit des gardes-côtes ; opinion qui, tout erronée qu’ellesoit, est cependant devenue proverbiale; la voici dans toute sa brutalité :
Un gabelou! dix-sept degrés plus bas guun chien.
Sur les marais salants, c’est pis encore : là, les gardes-côtes n’ont pas un instantde repos ; ils passent les jours et les nuits à surveiller les marais, afin que le sel n’ensoit point enlevé sans avoir préalablement payé les droits énormes dont il est frappé.Les fraudeurs luttent avec eux d’adresse et de vigilance. C’est quand le temps estaffreux, l’obscurité la plus complète, qu’il leur faut redoubler de zèle et se multi-plier pour déjouer les tentatives hardies des faux-sauniers, et souvent affronterleurs balles meurtrières sous lesquelles tombe sans gloire l’infortuné garde-côte.La pluie, l’orage, le vent, la vase mouvante, où l’on enfonce à mi-jambes, rien nepeut, rien ne doit l’arrêter ; et ce n’est pas tout encore : s’il se perd un navire sur lacôte, n’est-il pas la pour porter secours aux naufragés ? n’est-ce pas lui qui doit sau-ver du pillage et les hommes et les débris du navire, qu’une population haineuseet ardente à la curée tente parfois de lui arracher, les armes a la main ?
Eh bien! pour tant de périls, de labeurs et de fatigues,pour tant de courage etde dévouement, pour le mépris dont on les accable, pour tout cela, savez-vous com-bien l’État accorde à ces valeureux gardes-côtes?
50 francs par mois, moins les retenues; c’est-à-dire un peu plus de 25 sous parjour; c’est a ne pas y croire.
N’admirez-vous pas combien il faut à cet homme de vertus austères et de solidesprincipes pour résister à la séduction qui l’environne, l’enveloppe de toute part, lecirconvient de toute manière, et ne peut pourtant parvenir à entamer la rude écorcede sa vigoureuse probité?
S’il voulait, cependant, ce qu’on lui demande est si peu de chose, il n’a qu’àfermer les yeux, il ne court aucun danger, et sa fortune est faite; mais entre safortune et son honneur il n’a jamais balancé. Aussi fidèle à ses devoirs, il meurtpauvre comme il a vécu ; la halle du fraudeur l’a couché dans la tombe. Le pain dechaque jour est mort avec lui ; et s’il laisse une veuve et des enfants en bas âge,l’Etat, toujours généreux, leur jette un faible secours qui ne sert, le plus souvent,qu’à prolonger leur agonie.
Ch. ROUGET