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Province. Tome premier.
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LE BOHEMIEN.

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sc mêler a elles; il el'lleure la civilisation et n’en garde rien; il va du nord aumidi, change de climats, traverse des races qui obéissent à des lois, à des mœurs, àdes langues différentes, se meut au milieu d’hommes qui se prosternent au pied dela croix ou invoquent le nom de Mahomet ; et les climats, les lois, les coutumes, leslangues, les religions, glissent sur ce peuple sans laisser plus de trace sur lui que lapluie sur une lame d’acier. Charami chez les Arabes, Pharaôhites chez les Hon-grois, chez les Anglais Gy pus; Gitanos parmi les Espagnols et les Portugais , Zin-garïs chez les Moldaves, Zigenners en Allemagne , Caracos dans le Roussillon, quelque soit le nom qu’ils portent, les Bohémiens, partout conspués, méprisés, tra-qués, honnis, sont comme une bande de parias dans la grande famille humaine.Les rois, les empereurs, les parleme nts, les états généraux, ne s’en occupent ja-mais que pour fulminer des arrêts contre eux; on les chasse de terre en terre, lesprovinces se les renvoient, les royaumes les expulsent ainsi que des lépreux ; et danscette multitude de lois qui les frappent et les condamnent, on ne remarque rienque les règlements promulgués par l’impératrice Marie-Thérèse qui aient en pourbut l’amélioration de leur position en les soumettant à un régime normal et régu-lier, et encore ces règlements n’ont-ils jamais été mis en vigueur.

Telles étaient la haine et l’horreur que les Bohémiens errants inspiraient auxpopulations au milieu desquelles ils séjournaient ou passaient, que tous les étatsont pris tour à tour des mesures violentes pour les écarter de leurs frontières.Les diètes suédoises décrétèrent à trois reprises différentes, en 1662, en 1725 eten 1727, les ordres les plus sévères pour leur entière expulsion du royaume; en1578, une loi porta défense aux Polonais d’accorder l’hospitalité aux Bohémienssous peine de bannissement : la charité évangélique devenait un crime quand onl’exerçait envers eux. Le code des lois du Danemark , plus impitoyable encore,leur refusait un asile. Ils furent chassés des Pays-Bas, d’abord par Charles-Quint ,puisparlesétatsdesProvinces-Unies, en 1582. Ceux qui tentaientde repasser les fron-tières étaient punis de mort. L’empereur Maximilien poussa le premier l’Allemagne dans cette voie de sévérité, en appelant contre eux l’attention de la diète d’Augs-bourg, en 1500. Le môme soin occupa les diètes de 1550, 1544, 1548 et 1551.Tous les princes de l’Empire, la plupart du moins, suivirent un exemple qui par-lait de si haut. En môme temps le roi Henri VIII faisait, en 1551, une loi quiexpulsait les Bohémiens d’Angleterre, et celte loi, qui était tombée en désuétude,fut renouvelée sous le règne de la reine Elisabeth. La situation des Bohémiensn’était pas plus heureuse en Italie : en 1572, les gouverneurs les obligèrent dequitter le territoire de Parme et de Milan. Un peu avant déjà, la république deVenise les avait également chassés de ses états ; et il y avait une loi générale dans laPéninsule qui ne leur permettait pas de coucher deux nuits de suite sous le mômetoit. Le roi Ferdinand, qui venait d’expulser les Maures et les Juifs des Espagnes, fitpublier, en 1492, un édit qui ordonnait l’extermination des Bohémiens. Mais lesBohémiens s’étant réfugiés dans les provinces écartées, Charles-Quint , et après luiPhilippe 11, suivirent l’exemple de Ferdinand. En France, le roi François I er , renditune ordonnance qui portait leur entier bannissement du royaume, et l’assemblée