LE BOHÉMIEN.
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des Étais, en 1561, a Orléans , prescrivit aux gouverneurs des provinces de les exter-miner par le 1er et le feu ; en 1612 cet édit fut renouvelé.
Traqués partout comme des bêtes fauves, les Bohémiens allaient et venaient enEurope comme des hordes vagabondes, ne sachant où planter leurs tentes; ils sor-taient d’un royaume où l’épée les décimait, pour entrer dans une république où laliart les attendait. Il y eut un moment où le désespoir s’empara de ces tribus a demisauvages, où ces enfants du hasard, ne sachant comment sauver leur vie, vinrentl’offrir à leurs bourreaux, et demandèrent la mort ainsi qu’une aumône. On lesregardait en tous lieux comme des êtres qui n’avaient d’humain que la face, cominedes proscrits de Dieu , voués par avance aux misères et aux supplices; et les grandsavaient si peu de pitié pour ces pauvres créatures, qu’un prince d’une petite courd’Allemagne , étant à la chasse, ne se fit aucun scrupule de tuer une Bohémiennequi allaitait son enfant, comme il l’aurait fait d’une louve et de son louveteau.
Toutes les hontes leur étaient réservées : en Russie , les boyards vendaient lesnids de Bohémiens pour payer leurs dettes de jeu ; ils faisaient entre eux échange demâles et de femelles, selon que leurs tribus esclaves avaient besoin des uns ou desautres, afin de multiplier les produits dont ils trafiquaient ; le premier Bohémien qu’onrencontrait le long du chemin faisait, en Moldavie , fonction de bourreau ; c’était unBohémien qui pendait, torturait, fustigeait ses frères; cette profession, ils l’exer-çaient en Hongrie et l’exercent encore en Transylvanie , et, faut-il le dire, ils met-taient tant de constance et d’habileté dans leur infamant métier de tortionnaires,que la nature semblait les avoir créés tout exprès pour manier les tenailles et lecouteau. Les musulmans qui s’allient, en Bulgarie , avec des chrétiennes ne con-sentent jamais a s’unir aux filles des Bohémiens. Partout enfin, rebuts de la racehumaine, ils récoltent l’humiliation.
Mais les temps d’épreuves sont a peu près Unis pour eux ; une dernière persécu-tion les menaça, en Espagne , il y a une trentaine d’années ; mais, comme une tem-pête qui passe a l’horizon, elle gronda sans les atteindre. Pauvres, ils ont échappé àla ruine par leur pauvreté même ; expulsés et maudits, ils ont vécu au hasard surla lisière des forêts, dans les ravins obscurs, au fond des pays montagneux, descen-dant dans la plaine lorsque la loi venait à s’oublier comme toute chose s’oublie, dis-paraissant comme les brouillards du matin, quand le parlement ou l’empereur ful-minait de nouveaux édits contre leurs tribus, jusqu’à ce qu’enfîn le temps et la civi-lisation aient étendu sur eux ce manteau qui couvre toutes les misères, et qu’onappelle l’indifférence.
On a longtemps discuté sur l’origine des Bohémiens; beaucoup de livres ont étéfaits à ce sujet, et il s’en fera probablement beaucoup encore. Ce n’est pas ici le lieud’examiner le mérite comparatif des différentes théories qui ont été émises par deshommes fort savants, et sans nous arrêter à l’opinion, longtemps admise, qui les faildescendre de la haute Égypte, ou à la croyance plus moderne, et peut-être aussimieux justifiée, qui leur donne les Indes pour patrie, et la caste des Sudders, de latribu des parias, pour famille, bornons-nous à les prendre pour ce que nous lesvoyons, el à les étudier selon qu’ils nous apparaissent aujourd’hui. Que nous im-