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LE BOHEMIEN.
l’incrédulité par la double puissance du poumon et de la pantomime, et se débar-rasse, avanl la nuit, de sa phalange d’animaux poussifs. Que de verve et de lalenlgaspillés en plein vent; que de ruse, que d’audace, quelles longues improvisations,et tout cela pour gagner dix écus !
Toutes les roueries du métier, les Bohémiens les connaissent : bien plus mêmeils en inventent qu’ils se Iransmettent comme un héritage. Ils ont reculé les limitesextrêmes de cet art; le maquignonnage leur doit des progrès. Le Bohémien faitcourir le cheval mourant, hennir le cheval asthmatique, caracoler le cheval fourbu;il travaille le corps du pauvre animal comme une matière inerte, le pétrit, l’insuffle,le rafistole; il dresse le cheval sur ses quatre pattes, par un effort de génie le faiimarcher, et le vend un quart d’heure avant sa mort.
Un quart d’heure! c’est plus qu’il n’en faut au Bohémien pour s’être éclipsé dansles bois, lui, sa femme et ses enfants.
Sur les extrêmes frontières de la France, le long des Pyrénées , il est des Bohé-miens qui sont contrebandiers; mais ce sont les plus hardis d’entre leurs tribus, elleur nombre n’est jamais considérable. C’est l'a un métier qui demande trop d’au-dace, trop de courage, et le Bohémien préfère aux chances hasardeuses d'une expé-dition que les balles des douaniers peuvent interrompre, les bénéfices d’un trafic quin’exige que de l’astuce el de l’habileté. Quelques-uns encore tiennent maison ou-verte sur les premiers versants des montagnes, dans le département des Pyrénées-Orientales ; leurs méchantes posadas se dressent aux endroits les plus solilaires,dans les plus misérables hameaux ; c’est moins une auberge qu’une retraite contrela tempête, un asile temporaire où le voyageur, le marchand forain, le contreban-dier, le chasseur, trouvent du pain noir, un feu de mélèze, un lit de fougère, aln iimpur que la fatigue et l’orage peuvent seuls faire supporter.
Ces pays de frontières, voisins de provinces où la police a trop à faire pours’occuper de pauvres vagabonds, plaisent singulièrement aux Bohémiens; passantde France en Espagne, el d’Espagne en France , suivant les circonstances, ils met-tent lestement la frontière entre eux et leurs ennemis. Chaque Caraco pose un pieden Catalogne et l’autre en Boussillon; si les ayutamientos ou les gardes champêtresles inquiètent trop, ils lilent vers le nord, ou descendent vers le sud, et les Ca-racos, h l’abri de loutes poursuites, bravent Rautorité. C’est leur pays de Cocagne,leur Eldorado.
Déj'a, nous l’avons fait entendre, les Bohémiens ne possèdent nulle part une fortbonne réputation. Et, en vérité, partout ils méritent la mauvaise renommée qui lesentoure : ce sont de francs voleurs, lilous par instinct, par habitude, par nature,nous allions presque dire par nécessité. Le vol se transmet de père en fils dans lestribus comme une coutume; c’est une affaire de tradition ; les Bohémiens ont pardevers eux quatre siècles d’antécédents: ils pèchent parce qu’ils ont vu pécher, etils apprendront a leurs enfants à voler parce qu’ils ont volé. Le Caraco qui trottegaiement sur le sentier de la montagne, vend à Perpignan ce qu’il a volé à Roses ;mais au retour il se défera à Roses de ce qu’il aura dérobé à Perpignan : les deuxpays sont égaux devant, leurs doigts. Mais il ne faut pas croire que le Bohémien, à la