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Province. Tome premier.
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LE BOHÉMIEN.

En été comme en hiver, les Bohémiens choisissent, pour établir leur camp, levoisinage des villes ou des bourgs, qui leur permet d’exercer plus facilement leurindustrie.

Que ce mot ne vous surprenne point trop : industrie et Bohémien accouplés sem-blent jurer de se trouver ensemble ; et néanmoins il faut bien que cela soit, puisquec’est la vérité. Cependant, si nous nous servons du mol industrie, c’est que nousn’en trouvons pas d’autre pour désigner les différents métiers qui font vivre la fa-mille du Bohémien.

La plupart des Bohémiens sont forgerons ; ces forgerons-là ne charrient pas aprèseux un grand attirail d’outils : une minute leur suflit pour installer leur forge enplein vent. Le chef de la famille place sur le dos de son âne tout le matériel : unméchant soufflet, une petite enclume, de pierre le plus souvent, des pincettes, unepaire de marteaux et quelques débris de ferraille. Dans cet équipage, il va de fermeen ferme offrir ses services aux campagnards. Si quelque paysan les accepte, ilallume un feu de broussailles; un enfant fait manœuvrer le soufflet, le Bohémiensaisit ses outils et se met au travail sans aulre préparatif. Lorsqu’il ne trouve aucunouvrage à faire, il forge pour son compte. D’ouvrier, il devient fabricant. La matièrepremière ne lui a rien coûté, il l’a prise en route. Avec de vieux morceaux de fer,il prépare des bagues, des anneaux, amulettes que sa femme vendra plus tard ; descachets, des aiguilles, de petits clous, des couteaux, toutes sortes de menus objetsqu’il échange contre des comestibles, de l’eau-de-vie, des vêtements. C’est surtoutpendant l’hiver que ce travail sédentaire occupe les Bohémiens : si, tandis qu’ilsforgent, la pluie vient les surprendre, si un vent trop froid fait tourbillonner lesfeuilles sèches, ils laissent la leurs outils, rentrent dans leurs huttes, se couchentautour du feu, pêle-mêle, et s’endorment insouciants de la tempête qui gronde au-lour de leurs toits.

Pourquoi sont-ils forgerons plutôt qu’autre chose? Qui le sait? personne ne leura appris ce métier, et ils l’exercent de père en fils. Les premiers Bohémiens étaientforgerons, si bien qu’en Hongrie il est un proverbe qui dit : Autant de Bohémiens,autant de forgerons.

Il est encore une autre industrie que les Bohémiens exercent plus volontiers, sansdoute parce qu’elle exige moins de travail et qu’elle rapporte de meilleurs profits.A proprement parler, cette industrie est un commerce. Tous les Bohémiens sontplus ou moins maquignons, et maquignons de père en fils, comme ils sont for-gerons.

Ce sont les habitués les plus fidèles des foires de villages; sitôt que le jour dumarché est arrivé, on les voit accourir chassant devant eux un troupeau d’ânes effa-rouchés et de mulets étiques ; ils s’installent sur le champ de foire, et se mettent enquête d’acheteurs avec une activité que ne rebute aucun refus. C’est dans ces oc-casions que le Bohémien déploie toute l’adresse innée dans l’esprit des races sau-vages. Au milieu du bruit et de la cohue il va et vient, parle plus haut que le paysan,gesticule comme un acrobate, pérore ainsi qu’un orateur, use de toutes les res-sources de la parole, du geste, de l’accent, fascine la crainte, éblouit le doute, charme