LI-: BON KM I K.N.
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uianière des chefs de bandes castillanes dont il est question dans maints romans,s’embusquent dans les fourrés, dans le creux des vallons, au détour des bois, lepoignard h la ceinture, l’escopette a la main, le sombrero rabattu sur les yeux. Point;ce sont là des façons hardies qui leur inspirent une grande répugnance ; tout au re-bours des brigands de madame Radcliff, ils rôdent autour des fermes, sans manteauxsombres et sans poignards, s’introduisent en tremblant par une brèche du mur, seglissent, l’œil aux aguets, dans le local où dorment poules, dindons et canards,étranglent la volaille et décampent à toutes jambes. Ils ne dédaignent pas non plusles foulards et les bonnets étendus sur l’herbe par les lavandières, la valise du col-porteur endormi, tous les menus objets abandonnés, ça et là, dans les cours, auxseuils des maisons, hardes, outils, comestibles, tout ce qui s’emporte sans peine etse vend aisément.
Le Bohémien est un escroc, un filou, soit; mais il n’est presque jamais brigand ;distinguons; il est bien trop timide pour cela; et puis, s’il affronte la prison, il nebrave pas la potence : il sait que les portes de l’une s’ouvrent toujours, mais il n’i-gnore pas non plus que les cordes de l’autre ne rompent jamais.
Cependant le plus souvent les voleurs sont des voleuses ; les mœurs intimes et con-jugales des Bohémiens expliquent la participation active des femmes à ce que lesprocureurs du roi appellent, en style officiel, la perpétration du crime.
Quand vient le jour, le Bohémien, forgeron ou maquignon, part, son sac sur ledos ou sa bêle entre les jambes. 11 va chercher fortune au hasard, troquer son ânecontre un cheval, ses clous contre un manteau, s’il peut. La femme reste au logis, enadmettant que sa hutte soit un logis; c’est à elle qu’est confié le soin de pourvoirau déjeuner, au dîner, au souper. Le garde-manger et la cuisine rentrent dans sesattributions ; l'éducation de la famille et son entretien étant une œuvre à laquelleles membres du couple collaborent également, le mari fournit le logement, la femmele pot-au-feu ; il se charge des ustensiles, elle répond des comestibles ; le bon Dieu donne le reste; quand il ne le donne pas, le couple le prend, et les petits Bohémienstrouvent que tout va pour le mieux du monde sous le toit paternel.
Quand donc elle a vu partir son mari, la femme se met en campagne; la voilàpieds nus, les cheveux roulés et noués sous la résille, les mains impatientes et lenez au vent. Elle passe dans les champs comme un flâneur, voyant tout sans pa-raître regarder rien ; alors malheur au canard vagabond qui poursuit les saute-relles, au coq qui chante à l’écart, aux dindes étourdies qui errent dans les prés !Malheur à la fermière qui a laissé la porte de sa maison ouverte! quelques bipèdesmanqueront à l’appel du soir, et il se pourra aussi que les liclius et les tabliersaient déserté le vieux bahut.
Pendant que la mère exerce le mieux qu’elle peut, les enfants parcourent lesrues des villages et prennent lestement tout ce qui leur tombe sous la main ; si bienque, lorsque le mari rentre sous la hutte, le souper est prêt, cl tout le monde mangede bon appétit, comme si chacun avait fait son devoir.
Mais ce n’est pas tout encore; si les Bohémiennes jouissent, comme on dit vul-gairement, d’une réputation de voleuses bien acquise, elles passent aussi pour
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