LE BOHÉMIEN
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vache qui se ' ' et le veau qui tourne autour d’elle ; bientôt elle l'ait un signeet le fermier sort avec les bergers : la Bohémienne doit rester seule pour conjurer lesort. Un quart d’heure après, elle ouvre la porte et montre aux paysans étonnés leveau qui tette en frétillant.
Mais les paysans auraient été moins surpris, s’ils avaient vu la Bohémienne en-lever avec un linge la liqueur puante dont elle avait enduit les pis de la vache tan-dis que le pasteur dormait.
Nous donnons cet exemple comme un échantillon suffisant de leur science occulte.
Quand le Bohémien vient au monde, sa mère, étendue sur des haillons, dans sahutte enfumée, le lave dans un trou rempli d’eau froide, et le couvre de langes im-mondes qu’elle a recueillis ça et la. Quand la troupe se met en route, l’enfantvoyage sur le dos de sa mère, attaché par une sangle. Jusqu’à trois ou quatre ans,il se roule à demi nu dans la poussière avec les enfants de la tribu; mais alors sonéducation commence : sa mère lui apprend à danser, si l’on peut donner le nom dedanse à une série de poses étranges, lascives pour la plupart, et de gambades quis’exécutent sur une seule jambe ; elle lui enseigne en outre a voler, joignant volon-tiers la pratique à la théorie. Quand il sait voler et danser, il sait tout ce qu’unBohémien doit savoir; si, par la suite, il devient forgeron, c’est qu’à force d’agiterles soufflets de son père il a grossièrement retenu les rudiments d’un métier quetous pratiquent par tradition. A quinze ou seize ans, le Bohémien, développé parcette existence en plein air qu’aucun labeur ne fatigue, qu’aucune peine ne tour-mente, et, peut-être aussi, par la constitution particulière à sa race, sent des dé-sirs nouveaux se réveiller en lui. 11 a remarqué une jeune fille de sa tribu qui sou-riait plus complaisamment en le regardant; il aime à voir sa taille svelte quand elledanse, ses jambes nues tandis qu’elle court. A peine a-t-il conçu ces désirs, quele Bohémien les déclare à la première occasion ; la fille accueille sa demande sansbeaucoup de façon; tous deux sautent lestement par-dessus les préliminaires del’amour, et courent au dernier chapitre du roman. Le mariage vient ensuite. Lemari a seize ans; la femme, douze ou treize; avant qu’il l’épousât, elle était sacousine parfois, sa sœur peut-être aussi. Mais le Bohémien n’y regarde pas de siprès. Un prêtre de la tribu, qui n’a pas non plus de préjugés, les bénit gaillarde-ment, et la Bohême compte un ménage de plus. En pays musulman, c’est un ulômaqui remplit la formalité; mais l’ulèma, comme le prêtre, est pris dans la caste,car le Bohémien adopte avec une parfaite insouciance la religion du pays qu’ilhabite; turc, idolâtre ou chrétien, peu lui importe; il est ce qu’on voudra. Quandle couple est marié, les amis apportent des pieux et du chaume, on bâtit la hutteen un tour de main ; les parents donnent la marmite, le plat de bois, l’escabelle, etle soir même les époux se trouvent logés et meublés.
Si la femme déplaît au mari, six mois ou six semaines plus tard, il la répudiesans façon et tous deux convolent à un autre hymen.
Les jours de fête, quand le village voisin dresse le mai joyeux, le forgeron se trans-forme tout à coup en ménétrier. Le Bohémien joue de la flûte ou racle du violon.Ces jours-là, il gagne quelque pièce blanche avec laquelle il achète une bouteille