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Province. Tome premier.
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lâchaient pied devant l’eimemi, autant peut-être par inconstance et légèreté decaractère que par pusillanimité.

Quelques Bohémiens qui s’étaient enrichis dans le maquignonnage ont, en cer-tains lieux, placé leurs fils dans les collèges locaux. Les Bohémiens ont, commenous l’avons dit, l’intelligence vive et l’esprit subtil; ils comprenaient rapidementet ne tardaient pas à faire de remarquables progrès; mais, lorsqu’ils avaient atteintl’adolescence, le souvenir du passé assaillait leur jeune imagination ; iis se rappe-laient le temps où, libres et joyeux, ils erraient à travers champs et villes, sans con-trainte, sans entraves, allant, venant, dormant à leur gré, et bientôt les jeunes éco-liers disparaissaient pour ne plus revenir.

Ce que les lois humaines ne peuvent faire, le temps le fera sans doute ; mais qued’années se succéderont encore avant que les derniers Bohémiens soient ce quenous sommes, si jamais ils le sont !

Maintenant sont-ils heureux? nous demandera-t-on peut-être. Et pourquoi ne leseraient-ils pas ? S’il est vrai que le sauvage qu’on civilise tourne toujours vers seslointaines savanes des yeux baignés.de larmes, le Bohémien qu’on veut arracher àsa vie errante et pauvre se souvient sans cesse de sa tente et de sa liberté. Enfant,il se roule sur l’herbe sans maillot et sans pédagogue ; jeune homme, il aime et ilest aimé; homme, il va où il veut et fait ce qu’il désire, comme l’oiseau ; vieillard, ilmeurt sans que la crainte tourmente son agonie; il ne sait rien, mais il n’envierien; il trouve le bonheur dans une pipe, et puise l’oubli dans un verre d’eau-de-vie; la ruine, l’incendie, la tempête, les révolutions ne peuvent l’atteindre, et lamisère passe a côté de celui que la gaieté et l’insouciance accompagnent toujours.

Si, maintenant que notre tâche est finie, vous voulez prendre une idée plus suc-cincte et plus poétique de ces Bohémiens, que nous avons essayé de vous faire com-prendre en prose, ouvrez notre poète Béranger, lisez cette admirable chansonqu’il a faite sur eux, lisez surtout ce couplet si beau, qu’il faudrait l’appeler unestrophe :

D’où nous venons? L’on n’en sait rien.

L’hirondelleD’où vous vient-elle?

D’où nous venons? L’on n’en sait rien ;

Où nous irons, le sait-on bien ?

Et puis cette autre encore :

Voir, c’est avoir; allons courir !

Vie erranteEst chose enivrante.

Voir, c’est avoir; allons courir !

Car tout voir, c’est tout conquérir.

Et vous en saurez autant et plus que tous les savants qui ont écrit de gros livressur le Bohémien.

Amédée ACHARD .