376 LE RÉDAC TEUR EN Cil K K l» ”11N JOURNAL l)K PROVINCE.
formidable accapareur, qu’il reste profondément libre de passer, des régions mer-cantiles où son intérêt particulier l’arme contre les gens brouillés avec sa bande,dans la région vaste et sereine de l’intérêt général où les bons vouloirs supplie-raient l’ordre de leur distribuer la discipline.
Un journal, même à Paris , ne signifie désormais pas grand’chose. Il occupe, à lavérité, ceux qui le font; mais, encore, au point de vue relatif. Chaque rédacteur nevoit guère au délit de ce qu’il y met lui-même ; et, la plupart du temps, en lire unseul, c’est les lire tous. Ils ont une tirelire commune, un fonds universel de rem-plissage : le lecteur y regarde encore par habitude, et cette habitude ne l’engage àrien. Fort peu d’abonnés, après la lecture, pourraient vous dire ce qu’ils y trouvent ;à moins (ne nous embrouillons pas) d’un feuilleton d’Eugène Sue , d’un procèscomme celui de madame Lafarge , ou des découvertes accessoires qui viennent coupsur coup perfectionner la trouvaille du daguerréotype. Le journalisme enfin asubi la loi qu’il a fait subir à la politique ; l’importance de l’assassin émérite esltombée avec l’importance de sa victime habituelle ; tout esl de niveau. Sans lesétourderies des procureurs du roi, l’on saurait à peine qu’il s’y commet périodi-quement des peccadilles contre le dogme de l’autorité, la moins intéressante desnécessités les plus indispensables. Ainsi que l’astronome Herschel nous a faitassister a l’agonie des astres, le soleil de la presse semble donc se précipiter vers sesphases de déclin; bien des ombres se mêlent insensiblement a son auréole; sonobscurité rayonne a la ronde, et, comme chaque satellite resplendit en raison directedes rapports établis par le lien dont il a fait son domicile avec le centre métropo-litain, Paris , qui continue h trôner dans le firmament de ce monde fantastique,[■este invariablement le roi des ténèbres et de la lumière.
Aussi, pour l’éclat de son premier coup de feu, la province vient-elle y chercherdes rédacteurs en chef.
Mais, d’abord, pourquoi la province fait-elle des journaux ?
Pour deux raisons.
.l’ai longtemps cherché, je n’en ai pas trouvé trois.
La première, c’est que la province a, tout aussi bien que Paris , du papier, del’encre et des caractères ; — des caractères d’imprimerie.
La seconde raison, c’est que Paris fait des journaux.
En somme, dès que, même avant de plonger dans les flancs d’un journal de pro-vince au moyen du microscope, on veut esquisser l’analyse des infirmités matériellesqui forment son apanage inévitable, on est obligé de convenir, en tenant compte(ainsi que de raison) des proportions chétives de son format, de ses éclipses répétées,et du taux de son abonnement, que cette création d’un ordre inférieur coûte, réca-pitulation faite, trois fois plus cher qu’un journal arrivant en droite ligne de lamétropole ; à charge, par surcroît, de ne reproduire, ‘a coups de ciseaux, que laplus modeste partie des nouvelles de quelque intérêt, lorsque ces nouvelles ont déjàpréoccupé les oreilles du très-complaisant abonné; l’impossible élanlqu’une feuilleparisienne n’ait déjà passé comme la foudre a travers les gens de sa connaissance.Ainsi donc on paye Irois fois plus cher pour apprendre la moilié de ce que l’on sa-