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Province. Tome premier.
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L K RÉDACTEUR EN CHEF D’EN .10 F EN AL DE PROVINCE. 577

vaii, el l’on est encore périodiquement désheurè (charmante expression du cardinalde Retz), parce que les obligations régulières de la vie se croisent avec les inconvé-nients d’une publicité boiteuse. Les dates se confondent dans la tôle; on finit paisonger a toute autre chose, et le journal reste vierge sous la feuille de vigne de sonenveloppe.

L’idée première d’un journal de province éclôt d’habitude au milieu des loisirssouffrants de huit a dix personnes désœuvrées et riches, renfermées dans leur mor-gue, réduites à frayer ensemble, a ne se compromettre avec personne autre, àmettre leurs bâillements en commun, et qui, lorsqu’elles sont excédées de se re-garder dans le blanc des yeux, plaisir plus prompt qu’un autre à se métamorphoseren supplice, s’avisent tout à coup de se donner une importance quelconque auxregards impertinents des railleurs, en s’érigeant en défenseurs de leur pays ou deleurs opinions, pourvu que cela ne leur coûte pas un sou. La proposition a quelquechose de fier et qui sourit : du moment que ces messieurs ne se trouvent plus vis-à-vis de leur propre visage, ils se réveillent, et le feu les gagne.

Les poètes nous disent avec mélancolie où va la feuille de rose et la feuille delaurier ; les esprits positifs n’oublient pas où va la feuille politique. Avec cinq centsabonnés, les frais généraux seront couverts, et l’on aura 4 pour 100 de ses capi-taux, sans compter le fin chapitre des annonces, lequel, s’il ne sert de bague audoigt, servira toujours de point d’appui. On rêve à qui mieux mieux les châteauxen Espagne de l’influence locale ; et vite, au moyen de l’almanach du département,à la façon des triumvirs de Rome , chacun se met à la lâche; on dresse une liste,soit de fonctionnaires publics, soit de légitimistes, soit de patriotes ; voire mêmeune liste des curés de l’arrondissement! si ce doit être, comme de fins meneurs enfont l’exploitation pour le moment, une spéculation hypothéquée sur les revenus cha-touilleux de la prébende. Cetle liste, ce sera la liste des proscrits. On ne fera pas demiséricorde ! Fermiers et parents, amis et gens de connaissance, la clientèle et lesfournisseurs, tout, de bonne grâce ou non, passera sous les Fourches Caudines duprogramme, tombera dans le trébuchet de la quittance, et, ne fût-ce que par obli-gation d’urbanité, subira l’avanie de l’abonnement.

Après ce coup d’œil profond jeté sur l’ensemble de la matière corvéable et (ail-lable à merci, il s’agit de s'expliquer d’uné manière catégorique et de couler enfonte la matière du programme. Le programme sera le passe-port diplomatique desdémarches à risquer de toutes parts, la baïonnette que l’on fera briller devant lesregards éperdus de l’abonné, l’explosion fulminante qui doit l’abasourdir. Les Pari-siens, esprits légers, s’amuseraient pendant trois jours d’un programme ; on y croitencore en province, où l’on vit plus solidement qu’ailleurs Mais soyons juste, onn’y tient pas plus qu’à Paris .

Rien d’ébouriffant comme ce programme, œuvre martyrisée des meneurs qui scsont dit que l’on ameute la foule au bruit du tambour, et qu’il faut promettre unnouveau monde si l’on veut faire acheter des boîtes d’onguent à 4 sous. Le fusin ducharlatanisme en esquisse l’ensemble, un homme de quelque valeur y jette son coupde cravon à la dérobée; le boute-en-train de l'affaire donne le coup de fouet du

LS

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