LES OUVKIEKS L>U KEH.
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dormi ! en route ! iront dé Dion ! » les chevaux accourent des coins les plus reculés dela prairie, escaladent les haies, sautent les fossés, gravissent les côtes, el disparaissentaux yeux des gardes étonnés.
Quand on parvient à s’emparer du maraudeur, on lui fait payer une amendede quatre a cinq francs par cheval, relenue sur ce que lui doivent les maîtres deforges voisins.
Un charretier de bâts, pris en flagrant délit de campement dans une prairie, com-paraissait devant un propriétaire clément, qui lui dit :
« Je sais que les gens de ton espèce jurent beaucoup, je le fais grâce si tu m’in-ventes un nouveau juron.
— Attendez, monsieur, dit le charretier : que le diable vous fricasse les foies!que le diable vous tortille les boyaux autour d’un dévidoir! je vous en trouveraibien un.
— Je me contente de ceux-ci, » reprit le bourgeois.
Malgré l’habitude enracinée d’alimenter leurs bêtes de somme aux dépens d’au-Irui, les charretiers de bâts ne volent jamais. On n’a point d’exemples d’assassinatcommis par eux ; on n’a pas 'a craindre de les rencontrer dans les bois, et le voya-geur égaré trouve en eux des guides fidèles.
Arabes par leurs mœurs, les charretiers de bâts le sont encore par leur sobriété.Du pain noir, enserré dans un sac de toile qu’ils attachent au bât de leur cheval,l’eau claire des ruisseaux ou le liquide vaseux des inares, voila leurs aliments elleur boisson. Ce n’est que le dimanche et les jours de paye qu’ils se permettent delongues orgies, entremêlées de coups de poing et de coups de bouteille.
Ces hommes ont horreur de coucher dans un lit, et ceux auxquels il prend fan-taisie de se faire manœuvres ne tardent pas â retourner à leur vie nomade. Ilsont toutefois, dans un coin du globe, un sale el misérable logis, où ils ne s’arrêtentque pour battre leur femme, et augmenter d’une unité le nombre de leurs reje-tons. Ceux-ci, dès l’âge de huit ans, suivent leur père dans ses excursions, et, quandils sont grands, ils héritent du fonds de commerce, de la sauvagerie, et de la bruta-lité paternelle.
On évite d’employer le charretier de bâts dans tous les pays où les chemins sontpraticables aux voitures. C’est une réforme profitable; mais une plus urgente peut-être serait l’amélioration du sort des ouvriers du fer. Aucune classe de travailleursn’est plus essentielle a la prospérité commune ; aucune n’est plus étrangère au bien-être. Quelle existence sombre, monotone, pénible, loin de tous plaisirs, de toutesjouissances, de tout développement intellectuel, au fond des bois, sous des voûtesenfumées, a la lueur des métaux brûlants, dans une atmosphère qui dessèche etqui lue ! Quel que soit l’endurcissement produit par l’habitude, la condition des ou-vriers des fonderies et des forges n’est-elle pas une damnation anticipée? N’est-onpas tenté de plaindre dans leur misère, d’admirer dans leur résignation, ces pariasindustriels, dont les travaux, plus que jamais indispensables à l’état de noire so-ciété, sont une des principales sources de la richesse nationale?
Émile DE LA BÉDOLLIERRE.