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Province. Tome second.
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LE PAYSAN DES ENVIRONS DE PARIS .

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toujours facile à tromper. Il ne renoncera a ces amours-la que lorsque la vieillesselui fera trembler les maius et lui alourdira les jambes.

La culture aux environs de Paris n’est point ce qu’elle est a vingt et même a dixlieues de la capitale ; elle laisse aux terroirs éloignés la fourniture des blés, des foins,des légumes abondants, enlin de toutes les grosses provisions : elle ne s’occupe qu’àsalisfaire les besoins gourmands de la grande ville ; et ces besoins, en raison de laforce de la population et des exigences de beaucoup d’estomacs blasés et difficiles,ne laissent pas que d’avoir leur importance. La pêche, la fraise, l’abricot, l’asperge,le petit pois, le melon, tels sont les principaux objets de la sollicitude du paysan dela banlieue. Sous sa main active, la terre ne se repose jamais. Sans cesse réchaufféepar des fumiers choisis, elle est toujours jeune et prête pour la fécondation. Chaquesaison a sa récolte. C’est une culture de serre-chaude. Et que de soins, que d’in-telligence n’exige-t-elle pas 1 Ce n’est pas tout que de planter un pêcher, par exemple :il faut savoir faire circuler ses branches le long du mur, de façon à ce qu’elles nese gênent point entre elles ; il faut diriger leur marche, il faut surveiller leur crois-sance ; et à l’époque où les fruits commencent à se montrer, n’est-il pas nécessaire deles espacer lorsqu’ils sont trop serrés et que leur force mutuelle peut leur nuire —deles réunir, lorsqu’ils sont faibles et qu’ils ont besoin d’appui? ne faut-il pas ménagerà celui-ci la protection du soleil et rejeter celui-là à l’ombre, position qui convien-dra mieux à son tempérament? Le paysan de la banlieue a presque autant besoinde son imagination que de ses bras : c’est l’artiste-cultivateur.

On comprend qu’un pareil travail ne puisse s’opérer sur une grande échelle; le systèmede la ferme ne lui convient pas : il lui faut l’œil et la main du maître. Aussi n’y a-t-ilpoint aux environs de Paris de fermiers, mais des petits propriétaires : chacun cul-tive son clos ; puis, quand l’aîné de la famille commence à grandir et à pouvoir fairepar lui-même œuvre de ses dix doigts, le père lui achète quelque petit lopin de ter-rain. Le gars, bien imbu des leçons domestiques, travaille quelque temps son proprebien de manière à prouver qu’il saura, lui aussi, trouver un trésor dans le seinde la terre. 11 tire à la conscription; s’il a un mauvais numéro, on le remplace,et on lui cherche aussitôt une femme dans le pays ou dans un rayon de deux outrois lieues. C’est ainsi que se recrute incessamment cette population des environs deParis , population laborieuse, intelligente, maîtresse du sol, mais qui, si elle a toutesles qualités de celui qui possède, en a aussi les défauts ordinaires, c’est-à-dire l’a-varice, l’égoïsnle, l’amour extrême du gain.

Il est deux heures du matin ; nous sommes au temps des prunes, la récolte a étéabondante cette année, et tous les véhicules de la banlieue ont été mis à contributionpour transporter le fruit précieux sur le marché de Paris . Aux premières lueurs dujour, vous pouvez distinguer une longue file de voitures de toutes formes qui sedirigent sur la capitale'par la belle avenue de Vincennes . Vous voyez aussi des âneschargés de leurs deux paniers, et des chevaux qui connaissent si bien leur route,que leur conductrice dort tranquillement sur la selle et leur laisse le soin de laconduire au marché des Prouvâmes. Remarquez ce char à bancs passablement neufencore, et qui a tout à fait l’apparence d’une voiture bourgeoise de campagne; il estI