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Province. Tome second.
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jours eu eu horreur les étrangers et tout ce qui venait d eux. L’empereur grandittout, a coup a ses yeux, parce que lui, au moins, avait brossé les Prussiens et n’avaitjamais voulu revenir en France en croupe d'un cosaque. Les chansons de lîérangeret les tracasseries du curé de son village achevèrent tout a fait la conversion deJean Flotlard. Pendant quinze ans il a fredonné a mi-voix au coin de son feu :Hommes noirs, d’où sortez-vonsi'et : Oui, je secourai la poussière. Napoléon est au-jourd’hui pour lui la gloire, la liberté, un dieu ! Je ne sais pas trop s’il ne lui adressepas des prières soir et malin, et s’il n’associe pas son culte a celui du soleil.

Sur la haute cheminée de sa cuisine, il a un Napoléon en plâtre ; les murs de sa sallea manger sont ornés de plusieurs mauvaises lithographies qui représentent : laVeilled'Austerlitz, la Reddition d’Llm, la Mort de Poniatowski, le Martyre de Sainte-Ilé-lène, l’Apothéose des vieux braves, etc. Pu reste, Jean Flotlard fait très-bien marcherde front ce fauatisme napoléonien avec son amour pour le gouvernement actuel. Ilconseilla admirer l'empire, mais a condition que l’empire ne reviendra pas. L’é-chaulfourée de Strasbourg n’a eu aucun retentissement dans son cœur. Le napoléo-nisme n'est chez lui qu’a l’étal de souvenir. Que Louis Bonaparte se montre demainsur la place Vendôme à la tête de ses partisans, et Jean Flotlard, sans rien perdrede son admiration pour l’oncle, ira tirer des coups de fusil au neveu ; et en rentrantchez lui, il ne songera nullement â mettre au grenier son buste en plâtre et sesmauvaises lithographies. Jean Flotlard est par intérêt ce que nous devrions être touspar patriotisme, Français d’abord. Pourquoi voulez-vous qu’il désire encore des ré-volutions? N’a-t-il pas son drapeau tricolore qu’on lui a chanté pendaul si longtemps?N’est-il pas délivré des calotins? Ne vend-il pas au poids de l’or, â ces bons bour-geois de Paris , ses légumes et scs fruits? N’est-il pas a son tour adjoint de sa com-mune, et n’a-t-il pas pour maire son boulanger? Ne lui parlez donc pas de retourvers le passé, et laissez-le dormir sur ses deux oreilles.

Ce n’est point dans la banlieue qu’il faut aller chercher des maîtresses-femmes.L'a, pour ce qui concerne le pouvoir du mari dans la communauté, les anciennesmœurs ont gardé tout leur prestige. Madame Flotlard est humble et soumise. Jamaiselle n’élève la voix devant son mari; elle ne lui parle qu’avec crainte et respect, etil faut qu’clle soit dans le moment fort avant dans ses bonnes grâces, pour qu’elleose l’appeler notre homme. Jamais elle n’intervient dans les affaires; on ne la con-sulte ni pour la veille, ni pour l'achat des biens; elle ne place même que bien ti-midement son mol lorsqu’il s’agit de l’avenir de ses enfants. El cependant quellefemme plus que Marie Caillou, femme Flotlard, aurait le droit d’avoir le verbe hautet de prétendre a une part d’autorité dans la maison? A-t-on jamais pu faire naître lemoindre soupçon sur sa fidelité conjugale? N’a-l-elle pas donné â son mari six beauxet robustes garçons (pii sont sa joie et son orgueil? N’a-l-elle pas toujours entretenudans soit ménage, l’ordre, la propreté, l’économie? Enfin, n’a-t-elle pas aussi con-tribué pour sa part â la prospérité de la maison? N’esl-ce pas elle qui depuis vingtans se lève tous les jours a une heure du matin, sans réveiller son mari, charge lecheval ou la charrette, puis va vendre au marche de Paris le lait de ses vaches, ou lesfruits qu elle a cueillis dans le clos avanl le soleil couché? Hélas ! tous ces services