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LE CHAMPENOIS.
> UATRE viNGT-nix-NEüF moutons et iin Champenoisfont cent bêtes !
Ainsi parlait un jour dans le Champ de-Mars unjeune sous-lieutenant de voltigeurs, en jouant d’unair fat avec les minces (ils d’argent de son épaulette,et en suivant d’un regard distrait l’escorte dorée deM. le duc d’Angoulême , qui ce jour-la faisait maneru-vrer la garnison de Paris assez convenablement pourun prince.
La restauration avait alors trois ans d’existence.Plie possédait une infanterie de ligne dont les soldats étaient vêtus d’uniformesblancs, comme les enfants voués à la sainte Vierge. Elle avait en outre un commen-cement de marine, des poètes a gages, des grands prévôts pour juger les bonapar-tistes, des nouvelles fréquentes de Napoléon malade et désarmé, et parmi ses servi-teurs le jeune sous-lieutenant que nous avons vu plus haut lancer a la Champagne un proverbe trop connu.
Or ce sous lieutenant, c’était moi, aujourd’hui garde national peu zélé et auteurde ces lignes, quej’écris a l’ombre d une superbe futaie (essence de chêne et d’orme),propriété du pâtissier-traiteur dont je suis le locataire.
Malgré son anglomanie bien connue, le duc d’Angoulême montait pendant cellepetite guerre du Champ-de-Mars nu cheval arabe.h la taille courte, a la robe Isabelle,et qui, en passant près de moi au moment où j’insultais la Champagne , poussa unhennissement qui couvrit ma voix, un peu fatiguée d’ailleurs par les commande-ments que j’avais faits a ma section en l’absence du lieutenant de la compagnie.