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Province. Tome second.
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LE PAYSAN DES ENVIRONS DE PARIS . I"

vingt fois le voyage de la table il la cave. Les visages prennent de la couleur. Ici, unOrphée de campagne chante à tue-tête le postillon de Longjumeau pour ses voisins;la, un garçon fait l’amour a sa cousine, en lui donnant de grandes tapes sur lesépaules et en l’appelant bête et imbécile, parce qu’elle ne répond pas assez vite a sadéclaration ; la, deux vieilles têtes blanches, après avoir commencé a parler des es-pérances de la moisson prochaine sur le ton le plus ordinaire du monde, terminentleur conversation a la manière des paysans, c’est-à-dire en criaill a qui mieux mieux.c’est un tapage infernal. Le prudent Flollard donne le signal delà retraite : on courta la danse. Jean Flollard ouvre le bal champêtre avec sa femme, qui aujourd’huin’est pas indigne de figurer à côté de lui, car elle a son beau bonnet de denlelle , sarobe de mousseline blanche et tous ses bijoux, montre, collier, bague et boucles d’o-reilles. Puis, après avoir donné le signal du feu d’artifice, il met son écharpe danssa poche, et va passer le reste de la soirée, ou plutôt de la nuit, au cabaret.

Jean Flollard se fait vieux; sa main tremble et ses jambes deviennent lourdes:sa femme commence aussi a sentir la fatigue Jean va consulter le notaire dupays ; puis, moyennant une forte redevance annuelle, il partage tout son avoir entreses enfants. Ce sont, pour ainsi dire, des fermiers qu’il choisit dans sa propre fa-mille. Mais il se réserve toujours, pour sa jouissance personnelle, un petit clos dansil verra pousser les arbres et mûrir les fruits. C’est la que sa vieille expériencefait des essais et cherche à perfectionner les méthodes. Lorsqu’il a mis la main surquelque nouveau procédé d’embranchage, lorsqu’il a trouvé le moyen de donneraux pêches une teinte plus rosée et aux abricots un goût plus suave, vite il com-munique son invention à tout le village. On se réunit autour du Nestor de la petiteculture, et l’on célèbre, le verre en main, la découverte qui doit assurer aux pro-duits de Fontcnay-sur-llois une supériorité marquée sur ceux de Montreuil et deTriel .

Jean Flottard aime à parcourir les champs, les vergers, et à donner des con-seils aux jeunes travailleurs. Fuis, une fois par an et par partie de plaisir, il accom-pagne ses enfants an marché de la ville.

Jean Flottard est doyen du conseil municipal de la commune ; il a dans ses at-tributions la surveillance de l’école primaire : jamais il n’a su lire. Lors de la dis-tribution des prix, il fait un discours de circonstance qui est à peu près conçu ences termes :

« Voyez vous... mes enfants... l’éducation, c’est une bien belle chose... Quand onsait lire et compter, on est plus retors, plus rusé, et l’on vend sa marchandise pluscher sur le pavé de Paris ... Si j’avais su mes lettres, moi que je vous parle, j’auraisbien des écus de plus dans mon coffre... Etudiez donc bien votre catéchisme pourdevenir des richards. »

Jean Flottard meurt de vieillesse, et sa femme le suit dans les trois jours.

I,. Couailhac.

1*. II.