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Province. Tome second.
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LE CHAMPENOIS.

semble-t-elle pas quelque peu russe ? pour mou compte, j’aime à croire qu’elle a élésupprimée dans les armées du roi des Français . Je ne vois pas trop pourquoi le sol-dat ne serait pas maître chez lui comme le charbonnier.

J’avais déjà fait quelques observations a la légère sur le personnel delà légion del'Aube dans l’enceinte du Champ-de-Mars, elles furent corroborées par celles que jefis dans le sein de ma compagnie. Il est bien entendu qu’il ne s’agit que d’observationssur des choses physiques ; a cetle époque je n’en pouvais pas faire d’autres. Jeremarquai donc que le Champenois de l’Aube est en général un homme de (aillemoyenne, quelquefois même au-dessous de celte taille. Si vous faites votre examenavec un soin de recruteur, vous trouvez que le Champenois de l’Aube , né dans lapartie nord et nord-ouest de ce département, dite la Champagne Pouilleuse, porteen lui quelques signes caractéristiques, reflets de la pauvreté de cet ingrat coin de laFrance , tandis que le Champenois deTroyes et de tout le territoire au sud et au sud-est de cette ville semble, au contraire, vous donner une idée des richesses de saterre natale par sa démarche assurée, sa bonne mine et ce je ne sais quoi de réjoui,de vivace, de pétillant qui annonce l’heureuse habitude de boire du bon vin. Lamême différence se fait remarquer dans les habitanls du département de la Marne ,autre partie de l’ancienne province de Champagne. Mais, dans la haute Marne , dontquelques parties frontières se confondent avec les Vosges et la Franche-Comté (laComté, comme on dit dans le pays), vous voyez dans le Champenois cette vigueur, cedéveloppement hardi de la taille qui révèle une mère-patrie aux montagnes escar-pées, a l’air vif et salubre.

C’est surtout chez l’habitant de l’Ardenne, autrefois la haute Champagne , quel’homme vous apparaît fort, agile, avec une physionomie sévère et martiale. Vousreconnaissez tout de suite en lui les traces d’une jeunesse passée à courir sur le flancdes montagnes, 'a grimper aux vieux et nobles arbres des forêts qui couronnent leshauteurs du pays. Parle-t-il, vous comprenez que ce Champenois-l'a a grandi ill’ombre des vieux bastions de Sédan, de Mézières, de Rocroy , de Charlemont; qu’ila joué aux boules dans les arsenaux avec des bombes, des obus au rebut: qu’ila élé élevé dans des traditions de sièges, de batailles ; qu’il a appris le manie-ment du fusil et la manœuvre du canon de lui-même et sans efforts; tandis qu’il lui afallu un curé et un maître d’école pour apprendre le catéchisme et l’art de parler etd’écrire correctement. L’Ardennais est marcheur opiniâtre, et Dieu sait, et moi aussi,sur quels chemins rocailleux, inégaux, il se forme à l’exercice du piéton. Dans laplus grande partie du département, le jeune paysan ne peut grimper sur un arbrepour dénicher des œufs de merle, ou pour voler des pommes à son prochain, sansvoir au loin les remparts, les bastions des villes de guerre que nous avons nomméesplus haut. Souvent, pendant qu’il apprend, sous son père, à semer le grain, ou àfaucher le foin des prés, il entend au loin ces vieilles forteresses qui fout gronderleur grosse artillerie, ou bien les régiments qui les gardent faire l’exercice a feu aupied des remparts. Alors Lucas ou Guillot prête l’oreille, s’appuie sur le manche desa faucille, et le voilà qui rêve à Napoléon et à ces Prussiens auxquels l’habitant despays frontières a voué une haine si profonde. Il y a plus : si, d’aventure, Lucas ou