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LE Cil AMI’ENOIS.
il saluait MM. d’Argenteuil , d’Ecquevilly, de Choiseul-Labaume et de Ségur commelieutenants généraux des bailliages de Langres, Troyes, Vilry, Chaumont , etc., etc.hes gens'chargés de prier pour lui et de lui faire sou salut ne manquaient pas; ilsétaient assez bien payés pour cela, et je veux croire qu’ils gagnaient leur argent. Aleur lôtevenaitmonseigneur angélique deTallevrand l’érigord, archevêque de Reims ,dont la position ecclésiastique, taxée en cour de Rome a 4,750 florins, rapportait50,000 livres; César de la Luzerne, archevêque de Langres , taxé en cour de Romea 0,000 florins, se faisait 52,000 livres de renies en bénissant le Champenois.Troyes , la ville champenoise par excellence, avait moins de piété ou moins de biensconsacrés aux princes de l’église. Joseph de Barras, archevêque de cette ville, taxé encour de Rome a 2,500 florins, n’encaissait dans sa sainte escarcelle que 14,000livres par an. Aujourd’hui le Champenois est libéral, passablement voltairien : il secontente de rendre le pain bénit quand son tour est venu. Mais, je vous le répète,vous apprendrez a leconnaîlre au régiment, et, ensuite, dans le voyage tout a faitchampenois que vous allez faire aux frais du gouvernement et a pied. A propos, jevous engage a quitter vos jolies bottes de Sakoski pour faire route. Procurez-vousune paire de souliers forts et larges et des guêtres de toile : l’étape de Reims a Rélhel après de onze lieues; et vous savez que les bottiers de Paris ne travaillent pas poul-ies gens qui marchent. »
Après avoir ainsi parlé, Tabellion me serra la main, releva mon oreiller, renouaautour de ma têle le foulard, plus ou moins indien, qui me servait de bonnet denuit ; ensuite, il me lit boire quelques gouttes de la potion ordonnée par le docteur,et, selon son habitude économique, il alla se coucher sans chandelle.
Ma blessure ne me retint au lit que huit jours, et, un beau malin, je lis ma pre-mière apparition dans la chambrée de ma compagnie en qualité d’oflicier de semaine.Les soldats ne me connaissaient pas : ils n’avaient été en contact avec moi qu’a lafameuse petite guerre du Champ-dc-Mars, journée mémorable a la veille de laquelleje m étais présenté chez le colonel. Celui-ci m’avait fait reconnaître le lendemain de-vant mon bataillon avant le départ pour le champ de manœuvres. J’étais, je vous lerépété, officier de semaine ; or, pendant huit jours, j’allais inspecter, observer, punir,encomager quatre-vingt-dix Champenois pur sang ; de plus, rendu aux habitudesassez vastes de mon appétit et de ma soif, j’allais prendre mes repas avec une tren-taine d officiers piesque tous enfants de la Champagne . Celte double impatronisationchez des soldats et des olüciers me mettait tout de suite en rapport avec la classepopulaite et boutgeoise du peuple dont aujourd’hui je vous entretiens, lecteursinnombrables des FRANÇAIS .
En ma qualité de prolétaire et de démocrate, je commencerai par vous parler dela classe populaire, c’est-a-dire des soldats, vulgairement appelés officiers de guérite.A mon entrée dans le vaste dortoir de mes subordonnés, le premier d’entre eux quim’aperçut donna aux autres l’avertissement d’usage. A ce signal, tous les habitantsde la chambrée allèrent se placer au pied de leur lit; p U i S) droits, immobiles, silen-cieux, le bonnet de police sous le bras, ils attendirent mes ordres souverains. Cellemanière de recevoir un bambin de dix-sepl ans, porteur d’une épaulette, ne vous