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LE CHAMPENOIS.
Cuillot est né sans Linstincl de la guerre, chose rare dans la liante Champagne ,son père ne manquera pas de lui monter la tête en lui racontant le siège de Mézières,défendu par des bourgeois auxquels femmes, filles et sœurs venaient courageuse-men t apporter la soupe sur les remparts où pouvaient les boulets de la Sainte-Alliance.Admettons encore que le père du paysan s’abstienne de ces récits, il arrivera unaïe «l, ou un grand-oncle, qui dira h l’enfant les merveilleuses histoires du camp de
hune et les hauts faits des volontaires des Ardennes lors des premières cam-pagnes de la révolution. L’Ardennais, ou, pour mieux dire, le haut Champenois,est élevé au milieu des images et des traditions de la guerre. On fabrique des armesdans son pays, on y élève des chevaux pour la cavalerie légère; le service de lagarde nationale y est pris au sérieux, et on n’y fait pas de plaisanterie sur telguerrier citoyen dont l’abdomen tourne au baril, parce qu’en supputant l’âge de ces °ldat ridicule, on peut sûrement penser qu’il a défendu, en -1815, Sédan, Rocroy ,Mézières ou Charlemont. Dans l’Ardenne , on exècre les Belges qui ont dansé desfarandoles sur les fosses où dorment nos soldats de Waterloo ; les Belges qui ne viventHue par nous et qui nous haïssent; les Belges qui n’ont pas su même se faire unelittérature, et qui volent la nôtre avec une si étonnante impunité. Le Champenois,dans l’Ardenne , est un homme rude, froid, honnête, patriote. Le jour où vous neverrez plus son fusil suspendu au-dessus de la cheminée de sa chaumière, c est quela guerre aura commencé, et que les commandants des villes fortes auront fait de-mander de bons tireurs dans le pays. L’Ardenne , lecteurs, c’est celte contrée unP e u sauvage, a la physionomie écossaise où, un jour de l’an -1815, un corps de Wur-tcnibergeois, ayant repoussé la garnison de Mézières qui avait fait une sortie, trouvaUn tirailleur français qui, adossé contre un arbre, tirait obstinément, chargeant etdéchargeant son fusil avec la tranquillité d’un soldat a la manœuvre.
" Pourquoi n’as-tu pas cédé au nombre comme tes camarades? » dit un officiele| inemi à l’opiniâtre tirailleur.
L’Ardennais rit au nez du militaire wurtembergeois, et, avec le bout fumant de sonar nie, il lui montra ses jambes.
L’étaient deux jambes de bois.
* Comment te nommes-tu? Qui es-tu?
Je suis le capitaine Gauthier. J’avais six pieds autrefois, mais les Autrichiens,n ont diminué a Essling.
— Tu manques de pain sans doute, puisque tu fais l’état de soldat, mutilé commetu p es?
— Moi? outre ma pension et ma croix, j’ai 6,000 francs de rentes. Si vous par-venez â prendre Mézières, ce dont je doute, vous verrez ma maison, rue du Ponl-de-Pierre. C’est la plus belle. »
M. Gauthier fut reconduit jusqu’au pont-levis de Mézières, par ordre de l’officier"urtembergeois. Un Belge l’eût tué.
Or le capitaine Gauthier, tout Paris l’a connu. C’était le superbe homme, a la'Igure ouverte, qui se promenait tous les jours sur les boulevards et au Palais-Royal ,a PPuyé sur sa canne et sur deux jambes de bois, et qui fonda, au bout de la galei ie
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