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U- CHAMPENOIS.
du café de Foy, le cabinet de lecture connu sous le nom de la Tente. Les journauxont annoncé, il y a quelques mois, la mort du capitaine Gauthier.
Ainsi ne vous méprenez pas sur le haut Champenois de la ville et de la campagne.Il s’occupe de la fabrication de draps fins et de casimirs à Sedan ; il fait des castorines,des châles de laine façon cachemire, il brasse de la bière, il forge du fer dans seshauts fourneaux ; il sème des céréales, il récolte des pommes de terre et des pommesa cidre; mais, derrière toutes ces occupations paisibles, il y a un soldat. Je merappelle encore les regards jaloux (pic les officiers de l’Aube jetaient sur les com-pagnies de grenadiers de la légion des Ardennes , lorsque ce beau corps traversaMézières oit nous tenions garnison.
Mais n’allez pas croire non plus que toutes les vertus militaires et patriotiques duChampenois soient retirées chez les seuls Ardennais. La Marne, la Haute-Marne etl’Aube ont aussi leur élan. Là, le Champenois a aussi fait ses preuves, et il les feraitencore; mais, plus éloigné de la frontière, moins accoutumé au cliquetis des armes,il ne sera soldat que lorsque la nécessité lui aura dit: Marche! Alors vous verrezarriver dans les chefs-lieux les gros joufflus de l’Aube et de la Marne , et ces grandsgaillards des confins de la Haute-Marne, qui touchent à la Franche-Comté , ces bellespousses humaines que Napoléon enrégimentait toujours dans ses grenadiers h cheval.
Mais nous n’avons nullement le projet de vous esquisser une Champagne militaire ;je poursuis le récitde mes observations sur la Champagne prise en général.
Le corps d’officiers de la légion de l’Aube , à l’exception de quelques jeunesélèves des écoles militaires et de deux ou trois gardes du corps qui avaient voulufaire leur chemin dans l’armée, était composé de Champenois. Il y en avait de l’Aube,de la Marne, de la Haute-Marne et même de l’Ardenne ; n’ayant pu entrer dans leslégions de leur département, ils s’étaient glissés dans celle de l’Aube, qui est toujoursla Champagne . Figurez-vous une pépinière d’hommes vigoureux, noirs, bronzés, detrente-cinq à cinquante ans, ayant tous été simples soldats, ayant tous une histoireà vous raconter sur les guerres de l’empire. Moi qui, malgré mon très-jeune âge,avais déjà fait le métier de sous-lieutenant dans le Midi, pêle-mêle avec des Proven-çaux, des Languedociens et des Ariégeois, je fis tout de suite une différence entreces méridionaux et les Champenois. Je remarquai que ces derniers racontaient sansmétaphore, sans embellissement, sans la moindre mise en scène, les accidents deleur vie militaire ; qu’ils ne poussaient pas d’éclats de voix à réveiller les morts,qu’ils ne roulaient pas les yeux comme les chats quand ils ont la colique. Je trouvaidans ces hommes cette retenue, cette dignité, ce soin à ne pas se compromettre quidistinguent l’homme du Nord. Dansce personnel intéressant, on voyait les deux frèresDusnay, tous deux partis simples soldats sous la république, et revenus capitaines àla paix, avancement modeste qui avait coûté plus de sang, de coups de fusil et d’épée,plus d’héroïque résignation, que celui de tel général de division. Dans cette phalangechampenoise vous ne manquiez pas de remarquer notre intrépide porte-drapeau,le sous-lieutenant Gérard. Gérard, officier tout juste, comme on dit dans l’armée,avait pourtant commencé sa carrière de soldai en \ 792. Il savait un peu lire, écrire,corapler, et, malgré celle haute science, il était resté enfoui dans la classe des sous-