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leur pays natal, s’envolent vois Paris dès qu’ils sentent leur force. Une autre cause des
développe en eux ce goût d’émigration. Les liens de la famille (ceci est un reste quen
des mœurs des temps anciens ), sont étroitement serrés dans cette province, et l’au- qui,
torité conjugale ainsi que la puissance paternelle se ressentent encore aujourd’hui maii
du despotisme des lois romaines. Or, comme de telles habitudes sont en contraste de fc,
avec les idées d’indépendance de notre époque, la jeunesse supporte impatiemment le l><
un joug salutaire peut-être, et qui la préservait de bien des maux. l’ent
Le Comtois arrive a Paris plein d’une curiosité que son amour-propre le conduit fenn
ii déguiser. Prompt à s’acclimater, il n’en conserve pas moins avec ferveur ses Plus
traits d’origine, et rien n’égale le dédain profond qu’il affecte a l’égard du Pa- tena
risien. Loin de s’empresser de se mettre en quête de ses compatriotes, persuadé voul
qu’on n’est jamais prophète en son pays, le Comtois qui est venu tenter la fortune. Uési
s’isole et disparaît tout, à coup. Il travaille dans son coin, cachant sa misère et ses ceci
déboires, confiant dans sa force, dans sa volonté, et il ne se manifeste a sès anciens que
compagnons qu’a près le succès, investi du droit d’étaler un orgueil victorieux. Quelle » F,
que soit sa fortune, il garde les allures les plus simples, le costume le moins outre sem
cuidant, et il est rare que la Franche-Comté gratifie la capitale de cette sotte décora- \’ou|
lion que l’on nomme un dandy. L’espèce en est méprisée, comme le mot qui la dé- acce
signe (le Jurassien exècre les Anglais ), et tout fashionable qui vient dans cette province il s’ (
exercer un emploi, ou chercher un mariage, avec-l’intention d’éblouir par sa belle <‘u ra
mine, turlupiné soudain d’une façon terrible, est voué à des ridicules mortels. mou
Le défaut capital du Comtois fraîchement débarqué est une susceptibilité pointil- |\
leuse, mais il est d’autres signes auxquels on le reconnaît toujours quelque dépaysé Poui
qu’il puisse être. Son accent, d’abord, qui loin de s’effacer, se caractérise de plus en Les
plus avec l’âge, puis le tour particulier de sa phrase et la facilité avec laquelle il se s oiu
familiarise avec chacun. Au bout de deux ans de séjour à Paris , il y connaît toutle s ans
monde. De plus, un observateur rencontre en lui des traits presque imperceptibles, Port
à l’aide desquels il le distingue partout. Il est sans exemple qu’un Comtois allant lotir
faire une visite ait négligé de se moucher en montant l’escalier. Sa politesse à l’é- C
gard des domestiques est remarquable, et la solennité un peu roide avec laquelle 'oui
il se présente ne l’abandonne guère. Eu quelque lieu qu’il se trouve, si on lui fait jour
admirer un objet quelconque, il ne le verra point sans le toucher, et l’on a pré- lieu
tendu, avec justesse, qu’il avait les yeux au bout des doigts. 11 se plaît a parler de lui, plus
et trouve promptement l’occasion d’amener une conversation a des matières indivi- V m
duelles. Il est des vocables que le Comtois le mieux élevé abdique avec peine, c °ni
ces termes étranges lui sont spéciaux. S’il lui tombe un grain de poussière entre Con
les cils, il vous dit qu’il a nu chenil dans l’œil, et chacun de s’étonner, hors e xcl
lui, que rien ne trouble. Une baignoire est pour lui une balonge, la gouttière, une l'iér
clininctie, le ruisseau, un gouillat, les passages, des trages, un hanneton, une cnn- ‘lise
coine, un sceau, une sceille, une personne extravagante, une briole; une toiture, 01 I
un couvert, une pelite fiole, une topette, une servante commère, nue eau'aine. Un l'Iar
four banal se nomme four à cuir les seusses, et, pour expliquer qu’il a fait cuire r °lc
du pain tel ou tel jour, le boulanger vous dit fort improprement qu'il a fait au