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Province. Tome second.
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LE EllANC-COMTÜIS.

Les Esprits de la contrée tiennent encore leur sabbat, à la côte aux Fées, dansune grotte élevée de cinq ou six cents toises au-dessus du val de Travers . C’est de laque s’élancent les déesses-maires, les Trilbys et la taule Arie qui empêche les que-nouilles et la vertu des Allés de s’embrouiller; c’est de la que part, la nuit de Noël,le chasseur de Scey-en-Warais, pour chevaucher parmi les nuages du ciel, escorté deses chiens, de ses barons et de ses piqueurs, menant tous un bruit diabolique. C’estsans doute à la côte aux Fées que fut mis en cause et jugé le seigneur dont nousallons raconter l’histoire.

A quelques pas de Maiche, on découvre sous d’épais taillis de hêtres et de chênes,surmontés d’un sapin funèbre comme l’if d’un tombeau, quelques débris de mu-railles, quelques voûtes effondrées dont la gueule ouverte est remplie de terre et deronces. La s’élevait au temps jadis, un superbe castel. Dans les souterrains de cemanoir enfoui, souterrains dont nul n’osa chercher l’entrée, un trésor enfermé dansun coffre de fer est placé, depuis dix siècles, sous la garde d’un cochon noir. Si Tonen croit le légendaire, ce fut jadis un brave et puissant seigneur que ce cochon-la;mais il était si avide des biens de ce monde qu’il rançonnait les abbayes et dépouillaitles églises. Les fées daignèrent venger les saints. L’âme du sire de Maiche fut donccondamnée àrevenir une fois par siècle dans son terrestre exil, enveloppée d’un cochonnoir. Ainsi, tous les cent ans, l’Esprit, accoutré de la sorte, sort des bois de Hâges etvient rôder aux environs des hameaux, une clef toute rouge à la gueule ( la clef dutrésor), dans l’espoir qu’un mortel osera la lui arracher d’entre les dents.

Il va sans le dire que le courage du vainqueur serait récompensé par les richessesdu vieux baron, qui trouverait a son tour, après tant d’années, la délivrance de sespeines.

On comprend l’origine de cette fable, quand on se souvient que le porc et la truie,consacrés jadis à Cybèle, sont encore dans l’Inde l’emblème delà terre. Il s’agittoujours de la terre, quand Wishnou prend la ligure d’un cochon. Ces superstitionsnous ont été transmises apparemment par les Celtes, qui représentaient la Terre , divi-nisée chez eux, par l’animal qu’on lui sacrifiait. Ainsi les Iruies-fileuses ne sontpoint des êtres dont on doive rire ; ces divinités ont joui d’une grande considérationparmi le peuple, ce qui explique ce dicton commun â la Suisse et aux montagnesdu Jura :

En Dieu je mets tout mon espoir ,

Et je demeure au cochon noir.

Les patois de la montagne sont inintelligibles pour le plat pays et, dans la plainemême, un de ces idiomes n’étend pas son empire sur un territoire de plus de huitlieues. 11 n’existe plus de costumes nationaux chez les Comtois, hormis dans l’an-cien comté de Montbéliard et dans les bresses du Jura , où les femmes seules ontgardé les habits de leurs grand’mères.

Si le pays a conservé quelques restes de ses anciennes mœurs, c’est dans la hautemontagne, où la féerie règne encore, où le souvenir des guerres de partisans du