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Province. Tome second.
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LE LANGUEDOCIEN.

4-î

riers, sont dominées par des roches nues. Sur les Lords de la Méditerranée, auxCrans ou Bouches des étangs, s’allongent des îles inhabitées, dont la fange est sil-lonnée par d’énormes reptiles, l’herbe broyée par le pied des chevaux et des tau-reaux sauvages, l’air obscurci par des tourbillons d’insectes, battu par les ailes desmacreuses, des milans et des éperviers. Partout sont en contact la civilisation et lanature, l’harmonie et le désordre, l’abondance et la stérilité.

Des différences morales correspondent - elles a ces différences physiques? Tellen’est pas notre opinion. Quels que soient l’isolement produit par l’esprit casanier,et la variété des usages locaux, les Languedociens ont un caractère commun, despassions, des qualités, des défauts identiques. Chez tous même vivacité, même pé-tulance, même exaltation fiévreuse. Parcourez les quartiers vivants de Toulouse , laplace du Capitole, la place La Fayette, la rue delà Pomme, la rue Sainte-Rome,vous y voyez une foule active, inquiète, qui court, se démène, crie, chante, gesti-cule;’foule méridionale s’il en fut. Liez connaissance avec ces gens affairés, tout dis-posés a vous accorder leur confiance, et vous les trouvez serviables, officieux, poètes,orateurs, mimes et musiciens par nature, prompts a la repartie, faiseurs de tropes,rapides dans leurs conceptions, la bouche pleine de paroles bienveillantes et dephrases sonores. Chez eux tout est à l’extrême : ils n’aiment pas, ils adorent; ils nehaïssent pas, il exècrent; ils n’applaudissent pas, ils trépignent; leurs jeux, leursdanses, leurs chants, leurs plaisirs, prouvent l’expansion de leur cœur, l’énergie deleurs facultés, la mobilité de leur intelligence. Enthousiastes, ardents, ils exagèrenttout, le bien comme le mal ; leur douleur est du désespoir, leur joie de l’ivresse, leurfoi du fanatisme, leur bravoure de la témérité.

La bravoure est un des traits saillants des Languedociens. Façonnés de longuemain à la guerre, éprouvés par les luttes étrangères et les dissensions civiles, ilsmontrent dans les combats une impétuosité agressive qui étonne et déconcerte l’en-nemi. Le bataillon de l'Ardèche, la légion du Gard , sont honorablement cités dansles bulletins de nos armées. Le premier bataillon de l’Hérault faisait partie de la52 e demi-brigade, commandée par Dupuv, né il Toulouse , où un monument lui aété élevé. Le Languedoc a été une pépinière de bons généraux : Teste, Sorbier, Meynadier, Berthezène, Dampmartin, Boyer de Peyrelau, d’Albignac, Matthieu Dumas,Lepic, Campredon, et vingt autres. Au besoin, ils ne manqueraient pas de successeurs.

Le département du Gard doit son nom à la rivière du Gardon, qui tantôt mouillea peine les sables de son lit, tantôt monte, déborde, ravage les campagnes, pour re-prendre ensuite son cours invisible et silencieux : tel est l’habitant de la province,variable, inconstant, laborieux un jour, indolent le lendemain, aujourd’hui d’unesobriété laconienne, puis imbray connu) un imbu ', il change au gré des impressionsqui l’assiègent. Après avoir éprouvé sa bienveillance pacifique, on entend tout à coupses hurlements de vengeance et les gémissements de ses victimes. On le voit tour àtour calmé par les émotions douces ou grossi par les passions, source fraîche oufleuve limoneux , ruisseau ou torrent.

Expression patoisc: Ivre comme un entonnoir.