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turede vins. Les vins de Languedoc eide Roussillon entrent dans ses laboratoires,Y subissent des mélanges, des amalgames, des manipulations, et sortent transmutése » madère, xérès, porto, malaga, rancio, champagne, etc. Le bordeaux est le seullue son inimitable bouquet mette a l’abri de la contrefaçon. Les marins cettois sontcomplices de la fraude. Devinez-vous pourquoi ce navire est chargé de liquides im-posteurs? Il va les transporter en Espagne , s’y procurer d’irrécusables certificatsd’origine, et ramener en France , en acquittant les droits, sa cargaison dûment na-turalisée. Vous, lecteur, qui vantez votre cave, qui sablez vos vins d’Espagne avec lasatisfaction intime d’un homme sûr de son fait, vous ne dégustez peut-être que desueclars d’invention cettoise.
Passons de l’Hérault dans le Gard, et abordons à Nîmes , cité tout antique parses monuments, toute moderne par ses fabriques; sa population est cramponnée àses usages, rétive à la civilisation ; les germes révolutionnaires n’ont point fructifiéparmi ses sauvages bourgadiers, mais elle progresse par l’industrie. C’est la ville laPlus laborieuse du Languedoc . Ses commerçants sont tellement emprisonnés dansleurs magasins, tellement absorbés par leurs occupations, qu’ils trouvent à peine letemps d’admirer les édifices de la colonie d’Auguste, la Mai soun car racla, la Tourmagna, lou lénifié de Diana, lis Aréno. Plusieurs même n’ont jamais daigné sedéranger pour jouir de la vue imposante du pont du Gard .
Autour de Nîmes s’étendent d’arides monticules qu’on appelle guarrigues. Leseaux pluviales, entraînées sans cesse dans les bas-fonds, y permettent la culture del’olivier, du figuier, de la vigne, du mûrier même; mais les cimes des guarrigues•l’ont d’autre verdure que celle du buis et du thym. Là, paissent de maigres trou-peaux sans abri contre la chaleur et le mistral. Les bergers de cette contrée sonttristes et désolés comme elle ; leur activité méridionale se trahit par des mouvemenlsbrusques, par de perpétuelles allées et venues; il semble qu’ils évitent de poser lespieds sur le sol embrasé, et l’on dirait, à voir leur dos voûté, qu’ils se baissent pours’éloigner d’un soleil trop ardent.
A six lieues Est de Nîmes est Beaucaire , cité qui ne vit qu’une semaine par an,depuis le 22 juillet jusqu’au I er août. C’est l’époque de sa foire, mentionnée endivers titres dès 1168, et dont les franchises, maintenant abolies, ont fait le rendez -v ous de tous les négociants de l’Europe . Pendant le reste de l’année, les Beaucairiensfument, jouent aux cartes, chassent et dorment. Les seuls qui donnent signe d’existencesont, hélas! les portefaix, race avide, âpre à la curée, occupée à épier l’arrivée desbateaux à vapeur pour fondre comme une nuée de harpies, comme une peste vi-vante et palpable, sur les infortunés voyageurs. Vienne la foire, et tout ressuscitedans celle grande enceinte déserte. Les maisons fermées se rouvrent. On balaye lesfats et les scorpions, qui ne s’attendaient guère a celte expropriation forcée, aprèsonze mois de possession paisible. On récrépit les murs, on badigeonne les devantures.°n rétablit les cloisons, on se prépare à recevoir l’affluence de marchands qui vonldécupler momentanément la population. Tout se loue, et se loue à des prix exor-bitants. Il n’est pas de porte cochère, d’écurie, de soupente, de dessous d’escalier'lu’on n’érige en magasin. Il n’est pas de galetas, de cabinet noir, de mansarde moisie,