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Province. Tome second.
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fif. LE PROVENÇAL.

l’aspect quelle avait au moyen âge; ses remparts traditionnels semblent n'existerencore que pour la protéger contre un coup de main de la civilisation moderne ;dans ses rues tortueuses on aperçoit a chaque pas des madones qui se dressent char-gées d'ex volo a l’angle des maisons; de sombres hôtels féodaux ouvrent de tempsen temps leurs portes massives pour livrer passage à la lourde calèche de quelquenoble morose; car, depuis la révolution de juillet, la noblesse boude a Avignon comme partout. Au milieu des quartiers que n’anime pas encore l’industrie, l’herbecroît sur le pavé désert, et le silence n’est troublé que par le bruit lugubre de laclochette qu’un enfant agite devant le prêtre qui va porter le viatique a un mou-rant. Quand le funèbre cortège passe, tout le monde se met à genoux; malheur iil'étranger, a l’incrédule, au Parisien qui garderait son chapeau sur la tète : de som-bres prunelles fixées sur lui l’avertiraient qu’il est en Espagne ou en Italie , et, s’ilne se hâtait d’obéir a ces avertissements muets, l’effet ne tarderait peut-être pas iisuivre la menace. Le regard n’est frappé de tous côtés que par des images religieuses :quand ce n’est pas une madone qui vous arrête, c’est le viatique qui passe; quandle viatique a passé, c’est un homme revêtu d’une cagoule, un pénitent noir quimarche devant vous et frappe a toutes les portes demandant l’aumône pour lespauvres prisonniers. Les jours de fêle, c’est un carillon h assourdir tous les paradispossibles. Avignon est la ville des cloches par excellence ; il y en a de toutes lesformes, de toutes les dimensions, de tous les métaux ; au bruit qu’elles font, ons’aperçoit aisément qu’on est dans la vieille capitale des papes et des anti-papes. Unechose digne de remarque, c’est qu’a Avignon on ne rencontre point de prêtre gras :le curé fleuri et ventripotent du centre de la France y est remplacé par un vicaireh la soutane râpée, au teint cuivré, aux yeux caves, à la démarche rectangulaire;on dirait un spectre de Claude Frollo. Au milieu de cette cité fantastique et mona-cale, nous concevons les terreurs de ce voyageur qui, conduit chez le maire pourmontrer ses papiers dont on soupçonnait l’exactitude, demandait avec anxiété auxgendarmes si on allait le plonger dans les cachots de la sainte inquisition.

Il y a cependant une autre partie de la ville dans laquelle on semble vivre sousl’empire d’autres préoccupations. Ce sont partout des cafés, des hôtels, de fraîchesboutiques, en un mot la gaieté et le mouvement delà civilisation. Des cicéroni enguenilles offriront de vous guider vers la maison de Laure, d’autres vous pour-suivront en vous montrant le calessino poudreux qui doit vous conduire à peu defrais â la fontaine de Vaucluse, dont les échos redisent encore les sonnets de Pé-trarque ; dans quelque auberge que vous descendiez, on vous proposera de coucher,moyennant une légère augmentation, dans la chambre oh le maréchal Brune futassassiné. Ici les rues, plus larges, plus aérées, sont habitées par de riches négo-ciants ; car, ddpuis quelques années, un caprice ministériel a fait d’Avignon une descités les plus commerçantes du royaume. Avignon a trouvé le secret de la pourpredeïyr ; c’est elle qui teint les trois cent mille pantalons qui composent notre armée;la garance lui a sauvé la vie. Cette graine précieuse, c’est à un Persan qu’elle la doit,on est sûr de rencontrer un Persan partout oh il s’agit d’une fleur. Ce sage oriental,ce bienfaiteur d’Avignon , vivait tranquillement au milieu de ses rosiers, de ses jas-