LE PROVENÇAL. 7!)
1 Évêché, sur la place du Lenche, aux balcons qui ressemblenl à des jardins suspendus,dans la rue Caisserie, derrière les Accoules, au pied du Calvaire. Dans la rue de l’É-v eché, les locataires des maisons sont pour la plupart de vieux capitaines marins,'1 U| passent leur journée à fumer et à chercher de quel côte le vent souffle ; quel-MUefois ils se hasardent a faire une excursion hors de leur quartier, et vont tenteres hasards du domino dans quelque café du port. La place du Lcnche et la rueCaisserie sont plus spécialementconsacrées aux anciens négociants ruinés par la révo-u ,0n ; dans ces familles on parle encore de l’arrivée de Carleaux ', et l’on redoutees Allobroges. Le bruit monotone de la clochette de l'intendance sanitaire, le voi-^aage du lazaret, de tous les hôpitaux et œuvres de miséricorde, contribuent à. Ire naître, dans l’esprit des habitants de cette partie de la ville, des préoccupe-rons extrêmement sinistres ; on finit par avoir peur de la peste, et l’on se confine,lai 's sa demeure pour le reste de ses jours. Il y a là des bourgeois qui, depuis plus
dix ans, n’ont eu aucune espèce de communication avec le dehors.
Ce vieux sang marseillais se retrouve dans toute son intégrité parmi les pêcheursd® Saint-Jean, dont le quartier s’élève au pied même de la Tourelle. Ce sont pour' a Plupart de fort braves gens, mais de fort mauvais marins et des pêcheurs fort peulla, 'dis. Au moindre vent ils chavirent; aussi ne sortent-ils que lorsqu’il y a calme|)la l : ce qui fait qu’on ne mangerait jamais de poisson à Marseille , sans les Catalans,'lut ne craignent pas d’aller jeter leurs filets jusque sur le passage des grands vais-Sea ux. L’originalité de ces matelots consiste à porter des sabots avec des bas de laine‘loadrillée, et à faire juger leurs contestations par des prud’hommes qui ont un'-Capeau à plumes. On dit que les pêcheurs de Saint-Jean sont carlistes, nous croyons( l u ils sont tout simplement pêcheurs.
^coûtons de la tranquillité du dimanche pour continuer notre roule et visiter leI’ 1 ’ 1 '!- Les marins espagnols fument gravement au soleil ; les napolitains jettent d in-""mbrables seaux d’eau à la face du saint peint sur l’avant du brick ; un mousse’ 0l 'dit sur la planche flexible qui lui sert de pont aérien entre son bord et la terre ;' es blonds Norwégiens restent accoudés aux sabords de leurs lourdes galioles, en'®vant vers le ciel des yeux bleus qui semblent y chercher une fiancée absente ; le
l ' l P-Cltarullers, de Rive-Neuve, fume devant sa boutique, avec un jabot et un' norme col de chemise, pour faire voir qu’il a été en Angleterre. Au milieu de toutte ' a , circulent et gesticulent, en criant dans d’inintelligibles patois, des gens dell) utes les contrées, de tous les archipels : des Mahonnais, des Maltais, des lllyriens,des Grecs sortis des rochers sans nom de la Morée, marins d’une nationalité fortdouteuse, commerçants au grand jour, pirates à la brune; population énigmatiquedestinée à mourir sur un radeau ou au sommet d’une grande vergue.
Six heures ont sonné ; la fraîcheur du jour conseille la promenade. Le rendez-vous*5 e néral est aux allées de Meilhan : ce sont les Tuileries avec moins de promeneurs(t de jolies femmes. L’allée du milieu est plus spécialement consacrée à ce qu’on