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Province. Tome second.
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SO LE PROVENÇAL.

appelle le beau monde; les deux autres appartiennent au reste de la population-Laissons les chaises occupées par l’aristocratie, et promenons-nous au milieu de ladémocratie qui flâne. Ce jeune homme qui marche la casquette de travers, une fleura la bouche, avec une veste jaune très-courte, un pantalon extrêmement collant parle haut et excessivement large par le bas, c’est un nervi endimanché. Pourquoi l’ap-pelle-t-on ainsi? nous n’avons jamais pu le savoir. Le nervi est ce que les gens duNord nomment vulgairement un gars; il est paresseux, batailleur, très-susceptible;il a le coup de poing ironique, et la gymnaslique imprévue. Le nervi n’exerce or-dinairement aucun métier; on le rencontre partout avec son éternelle cassie a labouche. La vie du nervi est un magnifique poème d’indolence et d’oisiveté : le ma-lin il se rend sur les bords de la mer, au village des Catalans surtout, a cause de lagrande quantité de cabarets qui s’y trouvent; il cueille son déjeuner au milieudes rochers, sous la forme d’un coquillage excentrique nommé arapede, qu’aucunconchyliologue n’a encore classé. Les plus actifs plongent dans la mer pour pren-dre les oursins aux mille pointes. Leur déjeuner achevé, ils se promènent dans levillage concédé aux Catalans parla munificence de Louis XIV . Ilsassistent au débarquement de lapêche ; ils causent avec les jeunesEspagnoles qui raccommodent lesfilets ou peignent leur abondantechevelure. Quand il est las demener l’existence espagnole, lenervi rentre en France en traver-sant le fort Saint-Nicolas, bâti parVauban . Il dîne comme il peut; àla brune, il poursuit les grisetlesqui reviennentdu travail; et quandla nuit est venue, il se réunit à une troupe d’autres nervi, et bras dessus, brasdessous, ils s’en vont par la ville en chantant et formés en chœurs qui valent mieuxque ceux de l’Opéra-Comique. Cette vie, toute de liberté, de musique et d’amour,a aussi ses heures d’ennui. Le mal de René et d’Oberman atteint ces lazzaroni ; ilarrive quelquefois que le nervi a d’ineffables retours sur lui-même, et on en voitqui rêvent couchés sous les arbres de Jarret, ruisseau toujours à sec qui passe pourune rivière dans le pays. La lin du nervi est écrite en ces termes h tous les coinsde rues : on demande un remplaçant. Arrivé au corps, il devient bon soldat au feu,très-mauvais au quartier : on est obligé de l’envoyer en Afrique . Le régimenl desZouaves est composé en grande partie de nervi marseillais.

Près de lui un autre individu se promène en pantalon étroit et en habit long ; maisces pantalons sont gris, et cet habit est bleu, comme tout ce que le peuple porte il Mar-seille . Cet individu qui a une chaîne d’or, un chapeau à ballon sur la tête, et unebadine à la main, c’est un portefaix, c’est l’aristocrate de la démocratie. Les porte-faix forment à Marseille une corporation qui a seule le privilège de porter certains

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