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LE BASQUE.
pêle-mêle de sons insolites et véritablement étranges pour des oreilles françaises.
Le noir, couleur nationale des Cantabres, dominait jadis presque exclusivementdans la toilette des Basquaises; mais aujourd’hui que la contagion des innovationsen a perverti l’usage, jupe, corsage et licliu ont des couleurs très-variées. Letablier cependant, et le manlelet, spécialement réservé pour se rendre à l’église,doivent encore rester noirs. Pour coiffure, les jeunes filles portent un mouchoir decouleurs éclatantes et flottant par derrière; les jours de fête, il est remplacé par dulinon artistement noué sur le front, que couvre encore un chapeau de paille enru-bané. Plus sévèrement ajustées, les femmes mariées portent dans quelques cantonsla sabanilla , espèce'de carré blanc assez disgracieux.
De tout ce qui précède, ne concluez pas néanmoins que la race lmsque'soit inca-pable de prendre un rang fort distingué dans la littérature et les sciences. À cetégard, preuves sont faites du contraire, car le sang basque a produit un contingenttrès-respectable de philosophes, d’historiens, de poêles, de publicistes et de juris-consultes. Tous, élevés loin de leur pays natal, se sont servis des langues française,espagnole ou latine, mais en imprimant à leurs œuvres le cachet incisif qui dis-tingue l’esprit national. En ce moment, MM. d’Abbadie frères, deux savants et in-trépides voyageurs, jettent, par leurs explorations en Abyssinie, le plus vif éclat surle nom basque. Animés d’un zèle ardent pour les progrès de la cosmographie et del’histoire, ils y consacrent leur fortune et leur existence. Comme hommes poli-tiques, il faut citer le ministre Garat, qui était d’Ustaritz ; M. Chegaray, d’originebasque, et aujourd’hui député de l'arrondissement de Bayonne; comme gloire mi-litaire, le lieutenant général Harispe, compté par la Basse-Navarre au rang deses plus belles illustrations, d’abord commandant d’un bataillon de chasseurs bas-ques dont la bravoure ne sera guère oubliée sur la frontière, et ensuite l’une desbraves épées de la république et de l’empire. Les Basques regretteront longtempsun savant modeste, l’abbé Darrigole, mort a la fleur de son âge, supérieur du sémi-naire de Bayonne, et auteur d’une excellente Dissertation critique cl apologétiquesur la langue basque. Et dans la marine donc, quel peuple peut se vanter d’avoirproduit des hommes plus intrépides que Renaud d’Elizagaray, l’inventeur des g»'liotes a bombes pour le bombardement d’Alger sous Louis XIV ; que Cépé , ce hardicorsaire de Saint-Jean de Luz ; que les Labourdins, jadis surnommés loups de mer ?Aujourd’hui, les Basques n’ont plus de marine; mais ils sont rois encore a Terre-Neuve, et les navires les plus heureux a la grande pêche sont ceux qui comptentles enfants du Labourd pour équipage. Pourquoi donc aujourd’hui, dans cette con-trée si originale et si belle, le voyageur rencontre-t-il a chaque pas des villagesentiers abandonnés et tombant en ruines? C’est qu’un fléau, que ne connaissaitpas le siècle passé, vient chaque année lui enlever des familles nombreuses, etle dépeuplera en enlier si on n’y prend garde. Ce fléau, c’est l’émigration et h*traite pour les colonies d’Amérique !
Victor GAILLARD.