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Province. Tome second.
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LE BEAUCERON.

plétement défrichée; ce que voyant, maître Gargantua «y print plaisir extrême et«distà ses gens: Je trouve beau ce, dont feut depuis appelé ce pays la Beauce.»

Quoi qu’il en soit de cette étymologie toute rabelaisienne, c’est, en effet, une bellecontrée que la Beauce. Lorsque, au printemps, ses champs fertiles se couvrent deverdure et ne présentent partout aux yeux qu’une mer ondoyante de blés en herbe,où se montre parfois seulement quelque croix solitaire ou la svelte tourelle d’unmoulin à vent, on se recueille malgré soi dans une sainte et douce admiration,on comprend et partage au fond de l’âme (ouïes les espérances du laboureur; etquand les chaleurs de l’été sont venues jaunir les épis, quand ces moissons, quidoivent nourrir tant de milliers d’hommes, déploient majestueusement leur lapisd’or autour d’un horizon d’azur, c’est un spectacle imposant, magnifique, et devantlequel on demeure en extase, comme à la vue de l’immensité!

Un poète qui ne trouvait rien à chanter dans cette grandiose nature, et que Vir-gile , son mallre, eût renié hautement, a décoché ce trait brutal contre la Beauce :

Belsia, triste solum, cui desuni bis tria tantum .

Colles, prala, nemus, fontes, arbusta, racemus !

boutade que le bon Audrieux a traduite en ces vers :

Le triste pays que la Beauce !

Car il ne baisse ni ne hausse ;

Et de six choses d’un grand prix :

Collines , fontaines, ombrages,

Vendanges, bois et pâturages,

En Beauce il n’en manque que six !

Soyons plus juste et reconnaissons que l’utile y vient compenser l’agréable. Sansdoute la Beauce n’a rien de pittoresque,rien qui soit fait pour charmer le touriste;mais elle donne à Paris , nous dirons presque son pain quotidien; tous les jours elleverse sur lui les trésors de la vie, amassés dans son sein; et celte terre productive,nourricière, bienfaisante, nous semble belle de la beauté d’une mère. — S’il nousfallait d’ailleurs, sous un autre rapport, en faire apprécier le mérite, nous pourrionsinvoquer le témoignage si véridique, comme on sait, des chasseurs parisiens ,qui chaque année font irruption dans ces plaines où s’engraissent pour leurs plaisirstant de perdreaux et de lièvres. Mais nous craindrions que le récit des prouesses d<’ces messieurs neulépassât de beaucoup les bornes qui nous sont imposées par notreéditeur. Honni soit qui mal y pense !

Le paysan beauceron , dont nous nous proposons d’esquisser la physionomie, pos-sède les qualités plus précieuses que brillantes du sol fécond qu’il habite. C’est nnhomme simple, ignorant tout à fait de ce qu’on appelle les belles manières, grossiermême, si l’on veut, mais actif et laborieux comme l’abeille, économe et prévoyantcomme la fourmi, un homme utile, en un mot, et ce titre en vaut bien d’autres. Il