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LE BEAUCERON.
fasse par intermédiaire. Les marchands de volaille, variété importante de l’espècebeauceronne, attendent la pratique, tranquillement assis sur leurs grandes cagesd’osier, où gloussent pêle-mêle les poules et les dindons. Sur ce trône fragile, etqui a son duvet comme les autres, ces rois delà basse-cour montrent une figuredébonnaire, qui prévient tout à fait en leur faveur. Néanmoins, il ne faut pas tropse fier à leur simplicité apparente : ce sont de fins matois, ayant bec et ongles, etqui savent très-bien plumer le chaland.
Le marché au beurre et aux œufs offre dans son genre un coup d’œil assez pitto-resque. De chaque côté de la rue où il se tient, les paysannes, uniformément revê-tues d’une grosse couverture de laine bleue, se rangent debout et côte à côte, tenantleurs paniers suspendus en guise d’éventaires, tandis que les chefs de cuisine etautres officiers de bouche circulent au milieu , vont de l’une à l’autre , et semblentpasser en revue ce bataillon féminin. .Mais, au bout de quelques heures, quandl’inspection des paniers est faite, c’est-à-dire quand le beurre et les œufs sont ven-dus , la retraite sonne, et chaque paysanne se hâte de retourner au village, qui surson âne et qui sur sa charrette.
La ville est un séjour qui déplaît souverainement à ces gens rustiques : ils s’ytrouvent mal à l’aise; habitués aux travaux manuels et pénibles, ils ne voient, pourla plupart, dans les citadins, que des désœuvrés et des paresseux, la pire chose dumonde à leur gré. Aussi ne viennent-ils au chef-lieu que lorsqu’ils y sont expressémentappelés par leurs affaires, c’est-à-dire les jours de marché, à l’époque des échéancesde leurs fermages et des landits, qu’on nomme en dialecte beauceron les loues.
Ces esp.èces de foires ont lieu, à Chartres , le lendemain de la Saint-Jean et de h*Toussaint. Il ne s’y vend ni blé, ni laines, ni denrées d’aucune nature, ni chevaux,ni moulons, ni quadrupèdes quelconques ; mais, en revanche, il s’y fait un immensetrafic de chair humaine, et sous les portiques mêmes du vieux temple chrétien quemontre avec orgueil la capitale de la Beauce! La loue est un marché où l’on n’exposeque des bipèdes, un bazar d’hommes et de femmes, dont l’aspect n’a d’ailleurs riend’oriental. Le fermier qui, pour le service de son exploitation, a besoin d’un certainnombre de domestiques ou de journaliers, se rend à l’heure dite sur la place oùcette sorte de marchandise est étalée, tourne autour des groupes, estime des yeux etfait son choix, après avoir, bien entendu, débattu le prix Au louage, qui, pour unhomme, est d’environ cent cinquante francs par an, et pour une femme, de soixante-dix à quatre-vingts, suivant la qualité. Or, il ne faut point lâ de Géorgiennes à lapeau blanche et satinée, aux cheveux noirs, aux yeux humides : il ne s’agit nullementde pourvoir des harems. Au contraire, les femmes qui se rapprochent le plus dugenre masculin , à la figure basanée, aux membres trapus, sont les meilleures et lesplus appréciées; de même que les hommes solidement construits, musculeux, ro-bustes, se débitent beaucoup plus vite et avec de notables avantages.
L’embauchage des moissonneurs, qu’on désigne dans le pays sous le nom peueuphonique A'oûtrons, a lieu également, chaque année, aux approches de la récolle,et cela se maquignonne de la même manière que nous avons dite, laquelle n’est, acoup sûr, rien moins que poétique. Nous ignorons si les moissonneurs des marais