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Province. Tome second.
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l/HABITANT DES LAN DLS.

saurait trop louer le gardien d’un si farouche animal. Enfin, paraît l'indomptablequadrupède.... Mais !....ce n’est pas un taureau, ce n’est pas même un bœuf, cCn’est qu’une malheureuse vache, maigre, effrayée, qu’une longue corde traîne maigreelle jusqu’au centre de la place... Le maire se rasseoit. Alors les plus déterminesécarteurs viennent secouer un mouchoir devant les yeux de la vache, d’autres l’ai"guillotinent et parviennent, non sans peine, à lui imprimer un mouvement enavant : les écarteurs l’esquivent avec grâce, et les amateurs qui se promènent pinsloin, s’empressent d’imiter le même geste. Des cris de joie, des applaudissementsfrénétiques éclatent de toutes parts et produisent, en se mêlant au bruit de la mu-sique, un tintamarre insoutenable et charivarique. La vache électrisée, s’anime etréitère des attaques contre ses nombreux adversaires; mais la corde qui la contientprotège toujours la fuite des plus tardifs. Une chute ridicule ou la malencontreusedéchirure de quelques pantalons, voilà tons les accidents possibles. Enfin, la portede la loge se rouvre et la vache court y chercher un asile. A ce pacifique animal,succèdent dans la lice un veau de dix-huit mois, d’autres vaches, un bœuf atteint deconsomption, mais des taureaux pas le moindre. La fin du jour peut seule inter-rompre ce divertissement burlesque, et les beautés du lieu, descendues des tré-teaux, se promènent alors dans l’arène, en 'complimentant les champions sur loinimmense témérilé.

Dans tout ce long portrait de l’habitant des Landes , je n’ai pas dit un seul mot duLandais des villes : or, il n’a aucune espèce d’analogie avec l’être à demi sauvagedont j’ai essayé de décrire les diverses variétés. Le citadin landais est au résultatun homme comme un autre; il lit le Siècle et la Presse, va au café, s’occupe de laquestion d’Orient, raisonne ou déraisonne aussi bien qu’aucun citadin des quatre-vingt-six départements. Quoique Gascon par la lisière, il est généreux, franc et fidèleà ses engagements. On l’accuse d’aimer le jeu et la bonne chère ; mais qu’importe si I ejeu l’amuse et si l’on vit à bon compte chez lui ! Il est du reste affable, prévenantpour les étrangers, d’un commerce agréable, qualités qui rachètent bien des petits de-fauts. De lui ou de sa race sont issus des généraux distingués par leur bravoure elleur capacité, des orateurs à imagination vive et originale, et quelques hommes re-nommés dans les arts el les sciences ; il cite tous leurs noms avec une juste vanité, etil n’oubliera jamais surtout de conseiller au voyageur un pèlerinage à certain ha-meau qu’il nomme le Pouy, et qui est situé à une lieue do Dax . Là s’élève un vieuxchêne, creux et brisé, d’une dimension colossale, et entouré d’une palissade peinteen vert. Cet arbre vénérable appelé dans le pays l’arbre qui guérit les douleursest un monument consacré à la mémoire d’un pauvre petit pâtre du Pouy, dont lavolonté de Dieu fit un héros de douceur et de charité, et qui fut l’homme le ph |Svénéré de France . Quand il passe devant l’arbre qui guérit les douleurs, le paysanmaransin s’agenouille en silence, et il n’est pas un curieux qui ne salue avec respeeile vieux chêne de saint Vincent de Paul.

Victor Gaillard.