Band 
Province. Tome second.
Seite
233
JPEG-Download
 

255

LE SOLOGNOT.

Wd enfin, qui, dans celle indigente Sologne de bois cl de chaume, se dresse avecle luxe et la force de ses pierres de taille, comme un souvenir de l’esclavage d’autre-^°is, comme une insulte à la misère d’aujourd’hui, comme une preuve que la misère( 1 aujourd’hui est Ja conclusion de l’esclavage d’autrefois. Tel est le pays où végètent* es quelques cent mille hommes dont nous allons donner le type a nos lecteurs. Iln °us a fallu mettre le tableau dans son cadre, montrer le pays autour de l’habitant,c était le meilleur moyen de les connaître l’un et l’autre. Dis-moi où lu vis, je te'lirai qui ( U e s.

Certes le lieu que nous avons dépeint ne ressemble guère au paradis terrestre.Ca Solo gne n’est pas l’Eden, aussi le Solognot ne rappelle-t-il pas davantage le roi dela nature, la créature faite à l’image du créateur. Ce n’est plus Adam, ce chef-d’œuvre'üvin, qui résumait et concrélait, pour ainsi dire, en soi foutes les forces et toutes lesbeautés de l’univers, qui avait la grâce des fleurs, la vigueur des animaux et l’in-,el| igence de Dieu ; cette personne si parfaite, que losanges déchus en furent jaloux eteil| iemis. Non, ce n’est plus l’individu â l’organisation privilégiée, délicat comme laSe nsitive, fort comme le cheval, subtil comme un démon, l’homme, en un mot, quin ° tient a la terre ni comme l’arbre, par l’immobilité de la racine, ni comme le reptile,'1° toute la longueur de son être, ni comme le quadrupède, par ses quatre largesPattes ; mais dégagé d’elle autant que possible, ne la touchant que par deux pieds(ill s et lestes; mais svelte et sublime de corps et d’âme, aux nobles proportionsc '°mme aux libres exquises, le seul au monde qui porte la poitrine haute et le frontP'us haut encore, en signe de sa royauté, en diadème de l’intelligence. A pluslor te raison, n’est-ce plus le Français , cet être vif, impressionnable, actif,* ùomme par excellence, le roi des autres hommes Tous ces privilèges, tous cesav antages se sont perdus dans ce pays. Une brute ayant quelque chose d’humain,(| es cheveux de crin, une peau d’écorce, des pieds de corne a ferrer comme les sa-b°ts des pachydermes; un bipède équivoque, tant il est courbé par la misère et le^tbeur, parlant â peine, pensant encore moins, presque fauve, dont la femelle faitl * es petits, qui boit, mange et dort quand le maître veut, travaille jusqu’à la mort

s’appelle paysan. Voila ce qu’est devenue l’œuvre faite à l’image de Dieu 1

H n’y a guère que des paysans en Sologne; car cette province est si pauvre, qu’ellee °mpte a peine une ville ! Qu’est-ce en effet que Romorantin, Henrichemont, Gien ,Aubigny, sur la carte de France ? Nous n’avons donc pas beaucoup à nous occuper( Ia bourgeois solognot, maître rebondi de toute la maigreur du fermier, recevant ettardant ses revenus avec une économie de fourmi; rentier, c’est-à-dire oisif toutela semaine, excepté le jour de foire, où il devient maquignon, c’est-à-dire voleur ;°ù, b l’aide de ses capitaux qui lui livrent la place et lui donnent la supériorité duMarché, il vend et achète au prix qui lui convient. Ce jour-là, pour se débarras-Scr d’un mouton malingre, on pour acquérir une bonne vache, le bourgeois de So-'°gne fait plus de serments, commet plus de parjures, combine plus de roueries'Ri’un négociant de Paris ou de Londres qui traite d’une affaire européenne , qu’un di-plomate qui livre ou reçoit des royaumes. Il faut le voir ce jour-là, le chapeau recou-Ver l d’une toile cirée, une main passée dans la bride de son petit cheval, et l’autre