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LE SOLOGNOT.
La scène est a Vierzon en \ 817.
Le père Babot, paysan de Sologne, avait fait secrètement quelques retenues ilb'cites dans les comptes qu’il avait a rendre à son maître pour le prix de sa ferme-Le maître, qui se sentait volé et qui n’en pouvait acquérir la certitude, alla tco"'ver l’huissier et lui demanda comment il fallait s’y prendre afin de convaincre h’père Babot de larcin et de le faire restituer convenablement. L’huissier se mit à ré-fléchir, puis il proposa une citation devant le juge, un interrogatoire par le com-missaire, puis il rejeta tous ces moyens comme inutiles pour le moins; et déjà Hs’était levé en déclarant qu’il ne trouvait rien, lorsque, se mettant à la fenêtre etapercevant devant sa maison le théâtre de Polichinelle qui s’était établi en pie'"vent pour la foire, il s’écria, inspiré comme Archimède : «Je l’ai trouvé! je I’" 1trouvé! Dans une demi-heure, ajouta-t-il aussitôt, envoyez-moi le père Babot dlaissez-moi faire ; nous saurons la vérité. »
Le maître s’en alla chercher le père Babot par le marché, et l’huissier, descendit" 1vite au théâtre de Polichinelle, demanda à parler au directeur, lui donna le mot, etrevint dans son cabinet. Bientôt entra le père Babot, qui se mit à causer avec l’huis-sier de ses comptes de ferme, et qui protestait comme à l’ordinaire de sa bonne f" 1et de leur fidélité. Tout à coup le tambour retentit et la trompette sonne.
« Qu’est-ce que cela? dit le père Babot.
— C’est la comédie, répondit l’huissier d’un ton d’indifférence.
— Je ne serais pas fâché de voir cela tout de même, répliqua le paysan, qui trou-vait la une belle occasion de rompre avec l’arithmétique de l’huissier.
— C’est bien facile... nous reprendrons notre affaire après. »
Et le paysan et l’huissier s’en allèrent côte à côte au théâtre de Polichinelle. b cSacteurs étaient déjà en scène, et avaient déjà égayé l’auditoire de maintes plaisa"'teries, entresemées, comme toujours, de force coups de bâton. Mais, aussitôt q" cl’huissier et le Solognot furent arrivés devant les marionnettes, Polichinelle se tut,et, regardant le paysan, ôta sa coiffure, le salua gracieusement, et lui dit avec cesublime enrouement qu’on lui connaît de toute éternité: « Bonjour, père Babot,père Babot, bonjour!
— Bonjour, mon petit monsieur! » répliqua naïvement le père Babot en ôtant so"grand chapeau, comme s’il avait eu à répondre au salut d’une personne naturelle-
Toute la foule était ébahie.
« Comment vous portez-vous, père Babot?
— Vous êtes ben honnête, mon petit monsieur, et vous-même?
— Et chez vous, votre femme, vos petits enfants, père Babot?
— Merci ben, mon petit monsieur !
— Ce petit monsieur vous connaît donc, père Babot? dit à son tour l’huissier ""paysan qui était aussi ébahi que la foule.
— Vous me connaissez donc? dit le paysan au petit monsieur.
— Si je vous connais ! Vous êtes le père Babot, âgé de cinquante ans, fermier au*Maisons-Rouges, à deux lieues d’ici.
— Oui, mon petit monsieur.