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Province. Tome second.
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Chaque semaine, ils arrivent de quatre ou cinq lieues à la ronde, un enfant surle dos, un enfant sur le bras, un enfant a la main ; ils viennent murmurer a laporte de la cuisine ou de l’office quelques mois de prière, et ils reçoivent, comme duciel, un morceau de pain. En quittant le seuil de la porte, ils vont dans le bois, faireprovision de menues brandies. — Demandez-leur, aux bous riches de la Vendée ,si les pauvres ne savent pas ramasser les miettes avec une reconnaissance qui fait lasottise, le crime éternel de l’avarice. On devrait toujours se donner ce spectacle-là,ne fût-ce que pour échapper h la peur du pillage, celle maladie des imbéciles etdes parvenus.

En général, la peurdes braves Vendéens est naïve et noble au moins: — ils craignent,pour le genre humain, les envahissements de l'esprit du mal; —ils craignent unecivilisation sans entrailles qui menace de changer la face d’un pays historique parexcellence, où chaque pli de terrain marque un souvenir, où tout, hommes et choses,a sa généalogie, sa tradition ; ils redoutent l’in fluence et la domination de lîabylone, carParis c’est la lîabylone, et pis encore. — Au moindre récit fait, a la veillée, d’un desaccidents, d’un de ces malheurs si ordinaires dans la grande ville, on se récrie, onse lamente, on répète en chœur : Paris est un gouffre, une Babel, un bois, un mau-vais lieu ; — et puis, hasard étrange ! — quelques-uns des blasphémateurs se ren-contreront l’hiver suivant aux Italiens, aux bals de la liste civile et ailleurs. Quevoulez-vous? les routes stratégiques entraînent loin de chez eux des hommes quin’auraient jamais dépassé le territoire de la commune. Encore une fois, où allons-nous?... surtout par les chemins de fer qui courent !

Pour en finir avec la classe qui nous occupe, nous dirons que le propriétaire pa-raît toujours assez instruit aux yeux de ceux qui l’entourent, lorsqu’il est raison-nable ; suffisamment illustre, quand il est humain et généreux.

Intermédiaire entre le propriétaire et le fermier, destiné à combler, par l'intelli-gence et la charité, la distance sociale qui existe entre eux, le prêtre, fils du peuple, pèrede tous, peut beaucoup. A une époque où la Providence semble se plaire à dépouillertant d’institutions de leur caractère et tant d’hommes de leur puissance, on deman-dera un compte sérieux, aux prêtres vendéens, de l’influence qu’elle leur maintient sui-des populations simples,bonnes,laborieuses,obéissantes.—Presque aucun d’eux n’au-rait à redouter ce jugement ; ils comprennent Ions que la vie des pères de famille est unenjeu trop considérable dans les chances de la guerre civile ; et lorsque la lento éduca-tion du christianisme lui-même a fait comprendre, jusque dans les rangs de l’armée,quels sont désormais le prix et la responsabilité du sang, un ministre de la religionne peut plus avouer qu’il les ignore. — Et d’ailleurs, si la religion se fait d’un parti,d’un seul, quel Dieu imploreront les vaincus ?

Ee prêtre a véritablement le pouvoir de lier et de délier les hommes, lesesprits, les cœurs et les consciences. Ce qu’il dit, est ou sera. — Il arrive au poli-tique, au savant, de s’épuiser en veilles et en travaux de toute nature pour ac-quérir des titres a l’estime de leurs semblables, et de mourir sans avoir obtenu unseul moment cette autorité morale dont ils auraient voulu étayer une découverteutile a l’humanité. Celte autorité morale, le jeune prêtre vendéen en marche envi-