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LE VENDEEN.
11 est un verbe dont ils usent et dont ils abusent, ces pieux Vendéens ; voulez-vousl’enteudre?on peut, sans honte, n’avoir pas les oreilles plus chastes qu’un confesseur.Eh bien, tous les jours, un pénitent agenouillé dans le confessionnal, et profondémenthumilié de son impénitence sur quelque point, bien peu capital d’ordinaire, jure ason curé qu’il jeûne, qu’il prie, qu’il veille pour se corriger, mais qu’il n’est pas f--pour cela.
D’ailleurs, le Vendéen n’a pas besoin de rechercher les expressions énergiques pourrendre ses sentiments habituels; rien n’est plus doux, rien n’est plus tendre q l,eson humeur de tous les jours. Il aime sa femme, il aime ses enfants, il aime scsamis, il aime ses prêtres, il aime ses maîtres, il aime son Dieu... son Dieu ! Si voussaviez l’inébranlable confiance que met en lui le plus pauvre journalier vendéen !
Le journalier gagne vingt-cinq sous par jour, lorsque le caprice des riches et de lasaison lui permet de les gagner. Eh bien ! avec ce chétif salaire, diminué encore detous les dimanches, de toutes les fêtes, de toutes les demi-journées de fièvre et demaladie, il entreprend de nourrir sa femme, et sept,huit, neuf, dix et jusqu’à douzeenfants. — Au fait, comment serait-on parfait chrétien, si l’on no croyait pas à luProvidence et à la charité? — Le nouveau-né est toujours le bien-venu au sein dela famille vendéenne : Dieu sait s’il sera vêtu ; maison est bien sûr qu’il grandir 8 )chéri, caressé, adoré comme un fils unique.
On voit ainsi de pauvres enfants atteindre l’adolescence avant d’avoir versé unelarme. — Et maintenant comprenez-vous l’attachement du Vendéen à son pays? Oh •qu’il y a d’intelligence dans son horreur du changement ! vous lui parlez de pr°'grès ; mais vous qui lui parlez, êtes-vous seulement aussi avancé que lui, — il estheureux !
— Les fermes ou métairies ne représentent pas dans la Vendée une valeur très-considérable; la redevance annuelle du métayer au propriétaire varie entre 5 et1,800 francs : la Borderie, où l’on ne nourrit que des vaches, s’afferme de A 0*>à 200. Mais c’est presque toujours par siècles qu’il faut compter le temps écouledepuis que le même sol se trouve cultivé par la même famille. Cela explique l'af-fection profonde du paysan pour cette métairie où il est né, pour ces arbres q llCson aïeul a plantés, pour cette terre qui nourrira ses tils et ses petits-fils. Cetteaffection, il en rejaillit quelque chose sur le maître ; les Vendéens n’appellent ja-mais autrement que not’ maître ou nol’ maîtresse celui ou celle dont ils relèvent-Ce mot n’a rien de servile dans leur pensée : ils veulent simplement désigner 1 eprotecteur, nous pourrions presque dire le chef de la famille. Car le maître exerceune influence très-grande sur les déterminations de ses fermiers; c’est à lui qu’H sviendront confier leurs chagrins, leurs projets, et ils ne donneront jamais leur tiH°en mariage qu’avec son ae/rement.
Le fils aîné du fermier remplaçant toujours son père, selon la coutume du pays;il est naturel que le métayer cherche à bien préparer, en faveur de cette hérédité,celui dont elle dépend selon la loi. Le propriétaire n’a aucun intérêt, d’ordinaire, 11troubler la tradition ; —quant aux frères de l’aîné, ils se soumettent a l’usage, alorsmême qu’ils se croient les plus intelligents, les plus laborieux, les plus forts : Beu c