I. K PICARD.
chose avec un esprit naturel enduit d’une sorte de naïveté impatientante, prompt hla médisance et habile a soigner ses intérêts.
Le voilà, tel que Racine vous l’a fait, lecteur; s’exprimant par apophthegmes,aimant les honneurs avec complaisance, sans toutefois en être la dupe, et raisonnantsur les préjugés avec une philosophie toute française .
Tout Picard que j’étais, j etais un bon apôtre,
Et je faisais claquer mon fouet tout comme un autre.
Tous tes plus gros monsieurs me parlaient chapeau Iras :
Monsieur de Petit-Jean, ah I gros comme le bras.
Mais sans argent l'honneur n’est qu’une maladie;
Ma foi, j’étais un vrai portier de comédie :
On avait beau heurter et m’ôter son chapeau,
On n’entrait plus chez nous sans graisser le marteau;
Point d’argent, point de Suisse ; et ma porte était close.
Il est vrai qu’à monsieur j’en rendais quelque chose :
Nous comptions quelquefois. On me donnait le soinDe fournir la maison de chandelle et de foin ;
Mais je u’y perdais rien. Enlin, vaille que vaille,
J’aurais sur le marché fort bien fourni la paille, etc
Le Picard est tout entier dans ces vers, on nous pardonnera de les avoir cités ;ce sont d’intimes connaissances qu’on revoit toujours avec plaisir. Jamais l’auteurA’Athalïe n’a mieux créé. L’admirable portrait, comme il est lidèle et comme ce ca-ractère est profondément français ! Achille, Iphigénie, Bérénice et Iîajazel ne lesont, en vérité, pas davantage !
Avant de passer outre, constatons un de ces effets singuliers de l’ignorance popu-laire, lesquels sont fréquents dans l’histoire des langues et des peuples. Ce dicton,devenu si célèbre : « Point d’argent, point de Suisse , » avait été décoché contre lesPicards, et ce sont les enfants de l’Helvétie que le trait a blessés. Cette accusation,au surplus, qui aurait été injuste du temps de Racine, est fort à propos de nos jours;car la Suisse est devenue la véritable juiverie de notre époque, tandis que la rapa-cité picarde n’a plus rien de remarquable.
Si nous voulions parler encore des femmes de ce pays, nous rencontrerions dansl’histoire, en passant de l’antichambre au salon, d’admirables types de Picardes .La Charmante Gabrielle, que l’on a chantée, au retour des Bourbons, sur un air sinasillard, l’illustre maîtresse du Béarnais, était Picarde; et les premières amoursdu plus joli roi de la chrétienté, madame de Châteauroux , le plus poétique, le plusvoluptueux des souvenirs de ce règne assez collet démonté, était native des bordsde la Somme. Ses compatriotes ont gardé leur réputation de beauté. Demandez àl’une d’elles le lieu de sa naissance ; « Je suis, répondra-t-elle, du pays des joliestilles, je suis Picarde. »
C’est de cette province que l’on lire la plupart de ces bonnes d’enfant blanches etroses, que l’on voit éblouir, sous les ormeaux du Luxembourg et de la petite Pro-vence , l’écolier, le conscrit et l’employé ministériel à l’heure où l’on sort du bureau.