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LE PIC A KD.
Ces fillettes espiègles et sensibles ne sont pas longtemps gouvernantes, et se hâtent,dans l’intérêt des familles, d’adopter l’état de nourrices. L’Amiénois, le Boulonnoiselle Laonnois en fournissent un nombre considérable. Destinée! si madame deChâteauroux eût reçu le jour sous le chaume, telle aurait peut-être été sa condition ;mais la belle Gabrielle eût été nourrice assurément.
Comme on peut le voir, nous montrons peu d’empressement à entamer la des-cription du pays picard; c’est qu’iei les naturels sont plus intéressants que le sol.Cette province manque, en général, de sites, de lignes, de grandeur et de va-riété. Amiens , la capitale, est étendue sur une plaine assez propre, cultivée propre-ment et parsemée de maisonnettes badigeonnées avec propreté, elle ne présented’autre singularité que l'aspect lointain de la cathédrale qui s’élève au-dessus desmaisons, d’une manière formidable. Quant à la ville, lorsqu'on a dit qu’elle est com-merçante et point trop mal bâtie, il ne reste plus rien à en dire. Les gens y sonttout aux affaires, et il est peu de cités françaises où les lettres, et surtout les arts,soient moins en honneur. Dans ce département, mais surtout dans la partie quiavoisine la Flandre et le Pas-de-Calais , le mercantilisme est si fort développé, qu’onn’estime que les trafiquants. Il me souvient qu’étant descendu un soir dans un hôtelà Doullens , je fus tout d’abord l’objet de la question suivante : « Et vous, mossieu,qué vendez-vous, bé?
— bien du tout, mon cher monsieur; mais qui vous fait supposer que je vendequelque chose?
— Cli’est (répondit le malicieux Picard, en jetant un coup d’œil sur ma personneassez mal accoutrée), ch’est qué vous avez l’air d’un qui n’achète rien. »
Cependant, Doullens est bien moins commerçant que des villes telles que Bol becen Normandie, ou que Saint-Quentin .
A Abbeville, c’est une autre chose : on 11e fait bonne mine qu’aux Anglais ; iln’est sur le sol national aucun lieu où l’on ait moins l’occasion d’être fier d’êtreFrançais que dans un hôtel d’Abheville. La raison de cette préférence pour nosvoisins est qu’ils se laissent voler plus aisément que nous : aussi les sourires, lebon accueil et la plus belle chambre sont-ils pour eux. Jusque-là, c’est fort bien ;mais ne pourrait-on, à défaut d’avantages plus solides, accorder aux compatriotesun peu d’égards et de civilité?
Eloignez-vous des villes et des grandes routes, vous retrouvez d’autres mœurs, etvous revenez soudain aux bonnes gens de la vieille France . Le côté poétique de laPicardie est mêlé partout à des souvenirs; c’est dans ces campagnes qu’on recon-struit le plus aisément la France d’autrefois, avec des châteaux, des gentilshommescampagnards et des baillis à grandes perruques. Ça et fa, dans les prairies, sur lebord des chemins, sont de petits manoirs, plus orgueilleux qu’ils ne sont gros, de-vant la porte desquels retombent encore des ponts-levis qu’011 n’a jamais levés. Plusd’une maison bourgeoise porte la tourelle au côté et l’écusson sur la poilrine; cesont des prétentions d'un autre temps, dont les vestiges se voient encore.
Bien que l’aspect de la Picardie soit uniforme, les nuances du paysage y sont assezdiversifiées.Du côté de Péronne , une poussière crayeuse affadit le ton des terres, et
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